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PALES // In Our Hands ?


©Benjamin Roos & Beneto Studio


Dès que vous écoutez une musique aussi vaste et intrépide que celle des jeunes Strasbourgeois de Pales, vous regardez en arrière bien sûr et y retrouvez des influences fantomatiques, mais sans arriver à en définir exactement le cocktail stylistique remarquable. Obscur et énervé, mais aussi mélodieux et persuasif, constamment à l'équilibre entre calme organique et chaos synthétique, au même titre que la lutte ancestrale entre les différentes forces de la nature qui gouvernent la terre, Pales navigue sur les variations d'un post-punk dark et de vocalise inspirante. Son 1er EP, In Our Hands ? réunis 5 titres, façonnés dans une connexion fraternelle, telle une intense excursion sonore multi chromatiques palpitantes où l'élégie passionnée s'habille d'invocations oniriques. Il y a une symbiose profonde, sincère et viscérale dans leur musique qui résonne et dont nous avons absolument besoin en ces temps de beauté perdue. Interview d'un quintet à découvrir sans plus attendre.


Comment définiriez-vous l'univers musical de Pales ?

Antoine : Comme une exploration de nous-mêmes. C’est un langage délicat à synthétiser avec des mots, on ose un peu se dépasser à travers notre musique. C’est un univers où la mise à nu prend un noble sens : les failles, les peurs, les fantasmes, etc. On veut notre musique franche et frontale, sans faux-semblants.

Basile : C’est une musique mouvante, abrasive et nuancée unissant beaucoup de styles et d’influences. Il y a de la saturation, des reverbs, des basses et une voix puissante teintée soul qui met tout le monde d’accord. On veut faire de notre show, un live envoûtant, hypnotique et saisissant.


Comment le groupe est-il né ?

David : Le groupe est né en pleine période d’épidémie Covid et de confinement 2021. On se rejoignait, Antoine et moi, chez notre batteur pour faire de la musique en mode "Jam session ". On faisait beaucoup d’improvisation et souvent des passages nous plaisaient énormément, alors nous les avons finalement structurés en morceaux. Nous avons eu l’envie de développer le projet en faisant une annonce de recherche de musiciens. Basile arriva puis Célia ! Nous avons créé en très peu de temps Get Out notre premier single puis nous avons eu ce sentiment de vouloir faire prendre vie à ce projet à travers des nouveaux morceaux, une amitié solide et rapidement faire nos premiers concerts.


Après vos deux singles, vous présentiez en fin d'année 2022 votre EP In Our Hands? . Cela représente forcément un passage important pour vous ?

Antoine : C’est notre premier EP, et comme toute première fois, il est le reflet de notre insouciance et de nos maladresses, mais je pense qu’avec le temps, nous allons apprendre à l’aimer pour ces raisons-ci.

Basile : Évidemment que c’est un passage important. Depuis le début du projet, on avait le souhait de réaliser un EP et on l’a fait ! On s’est démerdé comme on a pu pour le produire et le financer en indé, notamment grâce à une campagne de financement participatif très concluante, mais aussi les recettes de nos concerts et de la vente de notre merch. Je ne sais même pas si c’est possible de vous expliquer toutes les choses qu’on a apprises au cours de cette production, c’était tellement enrichissant, en termes de technique musicale, d’enregistrement, de réalisation artistique, de mixage, de distribution, de com…. On a compris tellement d’aspects et on s’est rendu compte de l’importance de chaque élément. Alors oui, il y a certainement pleins de choses qu’on entend sur ce disque que l’on aurait aimé améliorer, mais je pense qu’à l’instant T où on l’a produit, on était au max de nos compétences. Le prochain sera, dans la logique des choses, bien mieux, et ça c’est le plus important !


Comment et avec qui l'avez-vous imaginé cet EP ?

Basile : Pendant plus d’un an (2021-2022) nous défendions sur scène 7 morceaux dont deux titres (Get Out & Our Bottomless Pit ) déjà enregistrés et disponibles partout. Ces deux morceaux nous ont permis de booker les premiers concerts et de nous faire un petit nom auprès de la région Grand-Est. Au début de l’année 2022, nous nous sommes rapprochés du Studio La Turbine à Niefern pour exprimer notre désir de figer les cinq autres morceaux du set sous la forme d’un EP. De là, quelques pré-prods ont été faites en amont de la session finale et en juillet 2022 nous avons passé cinq jours intenses au studio pour enregistrer In Our Hands ? . Nous avons enregistré les instruments en prise live ensemble dans la même pièce pour toucher le plus possible l’énergie des concerts. En parallèle, nous nous sommes rapprochés de Lucie de l’agence de presse See You in L.A pour travailler avec elle la promotion et diffusion médiatique de l’EP.


Inévitablement en vous écoutant vos influences sont nombreuses et je suppose qu’elles se télescopent au sein du groupe ?

Antoine : C’est la force majeure de notre projet. On vient chacun d’un univers musical complètement différent, mais on se rejoint souvent, du moins on se croise ! C’est une force de convergence, de choc, et cet effet vase communicant nous permet d’explorer sans cesse des sonorités “métissées ”. C’est ce qu’y nous plait le plus ! L’improvisation a une place omnisciente, car elle permet ce télescopage dont tu parles, tout en se détachant justement des influences.


Vous abordez une esthétique musicale intemporelle et pourtant relativement actuelle. Qui sont vos modèles d'hier et d'aujourd'hui ?

Antoine : Je crois que tous les grands groupes que l’on peut admirer ont réussi à dépasser un modèle, une esthétique ou un genre. Tout orgueil gardé, je crois profondément que l’on essaye de se défaire aussi de cela, et aller à l’essentiel de notre intention musicale. C’est une ascèse qui fait du bien. Mais personnellement, en “modèles ” de cette démarche, je peux aussi bien citer John Coltrane que Radiohead. Quand le message intrinsèque à la musique prend vie, on le sent et cet aspect “intemporel ” devient un soulagement et comme une évidence.

David : Radiohead, Interpol, Foals, Black midi sont des groupes que j’admire, mais j’aime par-dessus tout composer de la musique sans vouloir que celle-ci ressemble à quelque chose de déjà créé ou entendu. J’ai pleinement la sensation de retrouver cet esprit créatif et unique avec les musiciens qui m’entourent dans PALES.

Basile : De Bashung à Jefferson Airplane en passant par Daughters ou Fontaines DC… honnêtement je peux écouter de tout et n’importe quoi tant que ça me touche et que le propos musical me semble assumé. C’est la force de la musique qui me passionne, un morceau de punk noise à la capacité de me faire ressentir les mêmes émotions qu’un morceau de Brel alors qu’ils ont théoriquement rien à voir !

Célia : J’ai découvert le post-punk, le rock, avec PALES. D’univers soul, jazz, RnB, j’apprends tous les jours à adapter mon univers à celui du projet, mais également à me créer mon propre univers, ce qui me passionne d’autant plus. Mes influences majeures : Beyoncé, Yebba, Cranberries, Aretha Franklin, Lauryn Hill etc..


Les cinq titres qui composent votre ep favorise le mélange de morceaux énervés comme Trippy Season et d'autres plus calmes tel Just Us. Cette ambivalence semble être une sorte d'incarnation des différentes facettes humaines. Êtes-vous pour autant préoccupé par l'avenir ? et qu’est-ce qui vous fait le plus peur ?

Antoine : C’est juste, et c’est d’ailleurs ce que l’on a révélé dans le petit texte qui accompagne le livret de notre CD. Célia en parlera mieux que moi à travers le récit et le travail de ses textes. Mais musicalement, il y a à la fois une forme d’imminence et de nécessité à tout dire, tout laisser sortir, comme un grand chaos auquel on se doit de donner sens et reliefs. Je ne pense pas être préoccupé par l’avenir, mais j’ai peur de ne pas réussir à lui donner une réalité à travers notre musique, sans doute.

Basile : Qui ne l’est pas ? Problèmes climatiques, sanitaires, politiques… Le contexte actuel est rude et il y a de quoi douter pour l’avenir. Pourtant, tous les jours, on rencontre des gens dévoués, passionnés, qui avancent sans broncher et c’est tellement motivant. Comme dirait Sam dans Le Seigneur des Anneaux II : “ Il y a du bon en ce monde… Il faut se battre pour cela.” C’est avec des personnes enthousiastes et courageuses qu’on s’entoure pour faire évoluer le projet ! Ce n’est pas par égo ou quoi, mais je crois que très peu de choses me font peur ou du moins m’inquiètent pour l’avenir. J’ai foi en notre projet et même si ça venait à ne jamais fonctionner, j’aurais appris pleins de choses que je pourrais mettre au profit dans d’autres projets.

Célia : On a tendance a être dans un processus de composition ou les instrus se trouvent plus rapidement que les lignes de chants et les paroles. J’ai besoin d’écouter et de rentrer en immersion avec le son pour pouvoir le comprendre et surtout me positionner dessus. Ce qu’il se passe réellement : les émotions surgissent et je les mets en images, dans ma tête seulement. C’est comme un court-métrage très rapide. A partir de là, le sujet se forme et je commence à composer. Pour moi il était plus simple de parler de son sois-intérieur pour cet EP, c’était le seul moyen de puiser le plus d’inspiration, je pense que c’est pour cela qu’on ressent cette sorte d’incarnation de différentes facettes humaines et c’est complètement le cas.

Je me questionne plus que je m’inquiète sur l’avenir, mes intuitions continueront de me guider, enfin je l'espère, ahaha.


L’amitié semble être un vecteur fort dans votre groupe. Ressentez-vous parfois la contrainte de cette amitié pour avancer artistiquement ?

Antoine : On apprend à se connaître à travers ce projet. Musicalement, humainement et professionnellement. On sacrifie un temps fort de nos vies, avec une confiance aveugle pour chacun d’entre nous. Je ne peux pas cacher que c’est souvent difficile, et notre amitié apprend à se bâtir avec tout cela. Mais nous vivons souvent de ces grands moments de liesse qui nous révèlent à chaque fois que nous ne nous trompons pas et que notre musique est au-dessus de tout.

Basile : C’est assez particulier comme projet. L’histoire classique voudrait qu’on se soit tous rencontrés au lycée, mais pas du tout. On ne vient pas des mêmes villes, on a des histoires de vie singulières, des écarts d’âge allant jusqu’à 13 ans… Beaucoup d’éléments ne nous lient pas et on a créé une amitié autour du groupe. Parfois, on a l'impression de se connaître depuis toujours, puis des fois, on ne se comprend pas, alors on discute beaucoup, et on débat souvent. On est tous les cinq dévoués avec rage et passion au projet, laissant de temps en temps au bord de la route nos propres histoires, amitiés, boulots, études pour se focaliser sur nos objectifs. On travaille énormément pour PALES.


Stéphane Perraux


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