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JE T'AIME // Passive-Aggresive



AMOUR ET MORT


C’est à la Maroquinerie, quelques minutes avant d’assurer la première partie de mythiques Corpus Delicti, que nous avons retrouvé le trio, une bande de joyeux drilles assez rigolos, ce que leur univers musical assez sombre et cinématographique, marqué par la cold wave des années 80, ne laissait supposer…


Vous avez sorti deux albums en une année, que s’est-il passé, une période de créativité intense ?

C’est exactement ça, pendant la Covid (rires). On a vite eu plus d’une vingtaine de morceaux. Un album en général contient 12 titres, ça nous embêtait de sortir autant de chansons. Finalement on a fait un double album et on a choisi de le sortir en deux parties, avec à chaque fois une date assez forte. Le premier est sorti le 14 février, jour de la Saint-Valentin, le deuxième le 1er novembre, jour de la Fête des Morts. Deux dates symboliques.


Comment avez-vous décidé de la répartition entre les deux albums ?

Cela a été dur. Au moins 6 mois de discussions ! On a aussi réfléchi à la cohésion globale de l’histoire puisque cela reste une histoire sur trois albums, si on tient compte de notre premier disque. Notre premier album raconte l’histoire d’un couple qui part en soirée, c’est l’introduction. Le mec a tendance à boire un peu trop, et finit complètement saoul. Sa femme décide de rentrer à la maison et lui reste. Le premier disque suit les déboires de ce jeune homme qui fait n’importe quoi, absolument n’importe quoi. Sur le double album on comprend que le couple a une petite fille. Les années passent et le mec se révèle un très mauvais amant, mari et père.


C’est autobiographique ?

(rires) On est un trio, on s’est réparti les rôles. Chacun est mauvais dans sa partie (rires) ! On a un peu pioché dans nos histoires à tous les trois pour former le personnage. Le choix du tracklisting du double album nécessitait une certaine cohérence. Le dernier morceau d’Aggressive, c’est la mort du personnage. Passive/Aggressive, c’est l’état d’esprit de la fille qui a appris à s’émanciper de son père. C’est elle qui est représentée sur les pochettes des deux disques.


Quelle différence faîtes-vous entre les deux disques ?

Ils ont été composés en même temps. On n’a pas choisi les morceaux les plus calmes pour aller sur le premier et les plus agressifs pour le deuxième. Après, le continuum de l’histoire veut peut-être que les choses soient de plus en plus tendues…


Et cette idée que la tension va crescendo, est-ce pour cela que l’album est sous-titré « 20 sketches from hell » ?

Exactement ! C’est la chronique d’un couple qui sombre en enfer à cause du père qui est complètement perdu.


Jusqu’à présent vous étiez assez peu connus en France, en revanche le groupe s’est considérablement développé à l’international…

Sur le premier album on a tout de suite cherché à partir jouer en Europe un maximum. On voulait voyager avant tout et rencontrer un autre public. Nous avons eu tous les trois beaucoup de projets en France. Pour la sortie d’Aggressive on s’est appuyé sur une boîte de communication, La tête de l’artiste, pour appuyer la sortie en France. Cela nous faisait plaisir de revenir par ici. Ils ont fait un très beau travail.


Les disques sont très ancrés dans les années 80, la cold wave et le post-punk mais avec beaucoup de surprises. Le dub et le reggae s’invitent dans la musique et s’intègrent naturellement sans que cela choque…

Il y a aussi du ska, un peu de pop rock indé, ça part un peu dans tous les sens. Ce genre de mélanges se retrouvent également dans certains groupes comme Bauhaus, cela reste assez logique. On aurait vite tendance à s’ennuyer si on tournait en rond dans un seul style. On n’a pas tellement envie de s’ennuyer en musique en fait. On part dans des styles différents sans s’en rendre compte (rires). On espère aussi que le public s’ennuiera moins. On est absolument fermés à rien ! On cherche avant tout à s’éclater et à se faire plaisir. Tout en gardant notre identité sonore.


Et l’absence de batterie ?

C’est la prolongation de l’idée première, celle de pouvoir voyager avec le groupe, vite et facilement. Inclure un batteur dans le projet nous aurait alourdis. Ce n’est pas dit que dans trois ou quatre ans un batteur s’invite dans le groupe. Mais pour l’instant on s’éclate assez bien avec une boîte à rythmes et en plus cela rappelle clairement les années 80, les Sisters of Mercy, mais aussi le côté dansant, électronique qui fait totalement partie de notre patte, notre identité.


Et y-a-t-il une influence sur le rendu en concert ?

On dégage beaucoup d’énergie sur scène avec ou sans batteur. C’est sûr, une batterie sur scène c’est spectaculaire mais on compense, on n’a pas peur de bouger et d’être assez vivants avec le public. Et puis comme ça on évite une caisse claire ou des cymbales qui vont atomiser tout le chant.


Cela sent le vécu !

Exactement (rires). On est aussi connus pour avoir un son très propre et dansant, la boîte à rythmes nous aide clairement dans cette optique.


©Anaïs Novembre


Si on prend les deux premiers titres de Passive en exemple, que le groupe soit à fond dans les guitares ou, à l’inverse, que l’accent soit mis sur les synthés, la tension qui habite la musique reste permanente…

C’est venu au fil du temps, sans réfléchir…


On a parfois l’impression que tu t’étrangles en chantant…

Ah ouais, non, non, ça va bien, c’est bon…


En tout cas, ton timbre rappelle celui de Robert Smith…

On nous le dit souvent. Il nous a tout volé (rires) ! C’est pour ça qu’il n’ose pas sortir son nouvel album maintenant (rires) ! On lui a proposé un coup de main mais pas de réponse à ce jour (rires) ! On assume totalement l’influence des Cure mais il y en a plein d’autres. J’entends du Smashing Pumpkins, Placebo, Bowie, Depeche Mode, Bauhaus…


Et tu évacues des choses en chantant ?

Non, mais dans tous mes projets, j’ai toujours vécu à fond l’histoire que je raconte. Je me mets dans la peau, dans l’état d’esprit du personnage. Il y a un côté théâtral. Je vis clairement la musique et les histoires.


Un petit mot sur Andy Julia, le chanteur de Soror Dolorosa, qui a signé l’artwork du double album…

Andy on le connaît depuis des années, certains d’entre nous ont un peu participé à Soror, il y a quelques années, c’est quelqu’un de très talentueux. On lui a parlé de notre double album et des pochettes, il avait déjà en réserve un shooting qui collait complètement. On cherchait quelque chose d’iconique et il l’a trouvé tout de suite. Ce qui nous parlait beaucoup, c’était les couleurs fluo, qui permettaient de s’éloigner des codes gothiques. On n’a pas envie de s’enfermer dans une identité précise. L’histoire contée dans les disques est triste mais nos personnages font aussi beaucoup la fête, donc les couleurs c’est bien. En résumé, on est gothiques mais on se soigne avec de la couleur (rires) !


C’est rare d’avoir un groupe avec un nom aussi affirmatif…

C’est vrai, c’est d’ailleurs la croix et la bannière pour nous trouver sur internet. C’est souvent la chanson de Lara Fabian qui ressort en premier (ils chantent le refrain en cœur). Je pense que l’on aura définitivement réussi notre carrière le jour où on aura dépassé Lara Fabian dans les référencements internet (rires). En fait, le nom du groupe, Je t’aime, affirme notre francité quand on est à l’étranger. Tout le monde comprend notre nom, du Mexique au Japon.


Et avec un nom pareil, vous envisagez de chanter en français ?

Ce n’est pas exclu. On a déjà fait une reprise des Cure en français.


Et donc, du coup, c’est une grande histoire d’amour entre vous ?

Bien sûr. C’est d’ailleurs comme ça que le nom du groupe est venu. On avait organisé un dîner, à la fin tout le monde est parti prendre le dernier métro, sauf nous qui restions à boire du vin. On a parlé musique pendant deux ou trois heures. Et à la fin j’ai dit, tu sais quoi on va arrêter de parler musique, on va aller dans mon studio avec les bouteilles et on va en faire de la musique. Juste pour se faire plaisir. Au petit matin on était complètement saoul mais on avait composé la chanson The Sound. Et on n’arrêtait pas de se dire oh la la je t’aime, moi aussi je t’aime (rires) ! Voilà, c’est comme ça que le nom est venu.


Régis Gaudin




Passive / Aggresive (Icy Cold Records / Manic Depression Records) 2022



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