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BUZZCOCKS (76-81) UNE BRÈVE ÉTERNITÉ de Nicolas SAUVAGE

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    PERSONA
  • il y a 45 minutes
  • 6 min de lecture

DANS LA FOULÉE DU LIVRE CONSACRÉ À TERRY HALL EN 2025 ET LOGIQUEMENT SALUÉ ICI-MÊME, LE BIOGRAPHE BISONTIN POURSUIT L’EXPLORATION DE SON PANTHÉON PERSONNEL – QUI SE TROUVE ÊTRE À PEU PRÈS LE NÔTRE - AVEC UN REMARQUABLE OUVRAGE RETRAÇANT L’HISTOIRE DU PREMIER LINE-UP DE LA FORMATION MANCUNIENNE.


Passé maître dans l’art de la biographie érudite et minutieuse, Nicolas Sauvage n’a pas souhaité pour ce septième ouvrage prétendre à l’exhaustivité et a estimé plus judicieux de se concentrer sur la période située entre 1976 et 1981. Il s’en explique ici.

" Initialement, mon idée était d’écrire uniquement sur Ever Fallen in Love (With Someone You Shouldn’t’ve) et que ce texte rejoigne la collection Seven Inches que propose mon éditeur. Je lui ai fait part de ce projet pour lequel il m’a immédiatement donné le feu vert. Après seulement quelques jours d’écriture, j’ai réalisé que la frustration serait fatalement au rendez-vous en me cantonnant à cette unique chanson, même s’il y a déjà beaucoup à dire sur celle-ci. Je voulais écrire sur l’ère Devoto, revenir sur l’articulation des singles, évoquer la face B de A Different Kind of Tension, ou l’association avec Martin Hannett. Bref, j’avais besoin de m’exprimer sur un espace un peu plus large. J’ai donc renvoyé un message à l’éditeur en lui demandant s’il me suivrait toujours sur un récit étendu à l’âge d’or du groupe et son enthousiasme est resté le même. Quant à ce choix de période, il s’est imposé spontanément. C’est bien entre la réception des Pistols à Manchester et l’ultime série de 45 tours que tout se joue. Le répertoire historique des Buzzcocks, le plus déterminant sur son époque et au-delà, a bel et bien été écrit entre 1977 et 1980. Je défie quiconque de citer 5 classiques du groupe au-delà de ces années-là. Par ailleurs, c’est au cours de la même période que le terme de groupe a un véritable sens. De mon point de vue, les Buzzcocks de référence sont composés de Pete Shelley, Steve Diggle, Steve Garvey et John Maher. La suite ne concerne que le binôme Shelley-Maher. Il n’y a aucune ambiguïté sur ce point. Je me suis longuement entretenu avec Steve Diggle en cours d’écriture et j’ai été frappé de l’entendre utiliser la formule classic line up pour évoquer les années sur lesquelles je me suis attardé. Même s’il est désormais seul à la tête d’un groupe qui porte encore le nom Buzzcocks, je pense qu’il est suffisamment lucide pour savoir que l’essentiel a été gravé à la fin des 70’s.

Je suis trop jeune - ou pas assez vieux - pour avoir vu le groupe sur scène à la grande époque. Comme pour beaucoup d’entre-nous, j’ai dû attendre la reformation pour m’offrir un bout d’histoire. J’ai vu le groupe quelques fois dans les années 90, une première à l’UBU début 93, puis l’année suivante en première partie de Nirvana, un peu plus tard dans le contexte d’un festival, mais je me suis rapidement rendu compte que je n’étais là que pour entendre les titres historiques… comme tout le monde ! J’ai acheté Trade Test Transmissions au moment de sa parution, je l’ai trouvé plaisant, j’ai écouté les suivants et je les ai trouvés plutôt dignes, mais je n’ai jamais retrouvé la puissance, la finesse et la portée émotionnelle des premiers disques dans leurs travaux postérieurs. En toute franchise, je préfère très largement les albums en solo de Pete Shelley à n’importe quel disque publié sous le nom des Buzzcocks au cours des trente dernières années. Comme je l’évoque dans le livre, le retour du groupe - Shelley, Diggle, Maher, Garvey - était sans doute une bonne chose pour conclure l’histoire sur une bonne note et récolter un succès ô combien mérité. La volonté de poursuivre et d’ajouter de nouvelles chansons au répertoire est louable, mais les qualités et la constance de la discographie de référence ne pouvaient manifestement pas être égalées."



Nicolas SAUVAGE ©Sylvain Bombled
Nicolas SAUVAGE ©Sylvain Bombled

Parfois affublée du qualificatif de Beatles du punk, la formation menée par Pete Shelley et Steve Diggle avait peu d’équivalents au Royaume-Uni à l’époque en termes de songwriting – on ne voit guère que les admirables Undertones et The Jam pour soutenir la comparaison.

" Je n’ai jamais été très convaincu par la formule Beatles du punk, laquelle me semble étrange et finalement assez inadaptée à l’univers des Buzzcocks. Cela étant, je peux comprendre la volonté de mettre l’accent sur les qualités mélodiques du groupe ainsi que sur un songwriting qui, dans une certaine mesure, peut effectivement rappeler la pop de certaines formations affiliées au british beat. Le rapprochement me semble évident sur I Don’t Mind ou dans les derniers instants de Love You More notamment. Mais la teinte sixties, que l’on perçoit très distinctement chez les Jam de la même époque, est tout de même très discrète chez les Buzzcocks. Le rapprochement serait alors plus à chercher sur l’idée d’un talent de mélodiste subtil pour Pete Shelley et d’une approche plus frontale chez Steve Diggle ? Ils seraient donc respectivement les McCartney et Lennon du punk ? Tout cela n’est évidemment pas très sérieux… Je crois surtout qu’il y a quelque chose de trop restrictif à vouloir impérativement étiqueter les Buzzcocks comme un groupe punk. En compagnie d’Howard Devoto, ils le sont incontestablement et c’est d’ailleurs pour cette raison que je m’attarde longuement sur l’histoire qui mène jusqu’à Spiral Scratch. Dans le son, dans le geste, comme dans l’héritage qu’il a laissé, ce disque positionne les Buzzcocks comme l’un des groupes punks les plus influents, à égalité avec Clash et les Pistols. Mais dès l’année suivante, c’est déjà autre chose. Un disque comme Love Bites est surtout un grand album pop qui ne doit pas grand-chose au punk, mais qui annonce davantage des pistes possibles pour ce que l’on nommera plus tard le post-punk. Ici encore, l’usage de la formule post-punk ne représente qu’une partie de ce qui se joue au Royaume-Uni à partir de 78. Tu évoques très justement les formidables Undertones, mais on peut naturellement ajouter The Jam, les Attractions de Costello, The Stranglers, Magazine, Siouxsie & The Banshees, voire The Only Ones, autant de groupes qui profitent de l’effervescence du punk, tout en écrivant déjà la suite au cours de cette année décisive. En Grande-Bretagne, le punk originel démarre dans la deuxième moitié de l’année 75 et se termine en 78. Ce qui arrive après est tout de même très différent et il me semble important de distinguer le punk rock en tant que style musical et le punk en tant que mouvement social et culturel. Artistiquement, Subway Sect ou les Buzzcocks n’ont rien en commun avec Crass ou The Exploited. A mon sens, cette étiquette de Beatles du punk n’a pas d’autre justification que de souligner la sophistication et l’élégance du groupe en opposition à certaines formations qui ont choisi de privilégier un registre plus brutal. Qu’ils soient perçus comme les Lennon-McCartney, les Jagger-Richards, ou comme les frères Davis du punk importe finalement assez peu. Il est en revanche évident que le tandem Shelley/Diggle s’impose parmi les beaux exemples de combinaisons probantes sur cette période, même si la distribution des rôles apparaît en définitive moins binaire qu’on pourrait le penser. J’y reviens largement dans le livre, mais il faut garder en mémoire que Promises ou Love Is Lies portent la signature de Diggle alors que No Reply est une composition de Shelley. A dire vrai, je pense surtout que la magie a réellement opéré grâce au talents conjugués des quatre. Là encore, les morceaux joués sur scène par la suite n’ont plus jamais sonné de la même façon après les départs successifs de Maher et Garvey."


C’est aussi à cela qu’on les reconnait : les bonnes biographies musicales donnent furieusement envie de jouer sans délais le ou les disques dont ils traitent et Buzzcocks (76-81) – Une Brève Eternité ne fait pas exception. A titre personnel, cela m’aura donné envie de m’attarder de nouveau sur les albums – Love bites en particulier – peut-être un peu négligés ces derniers temps plutôt que sur la compilation Singles Going Steady que ma main a nettement plus souvent tendance à attraper lorsqu’elle se promène du côté de la lettre B de ma discothèque. Buzzcocks – immense groupe à singles mais pas uniquement et c’est l’un des mérites de ce livre de le rappeler.

" Les quelques livres que j’ai écrits ont en commun d’avoir pour sujet des artistes qui font partie de mon panthéon personnel. Lorsque je me suis décidé à écrire, j’ai dressé mentalement une liste des musiciens et musiciennes sur lesquels je pensais avoir des choses à dire. Les Buzzcocks de la période que j’ai choisie de traiter figuraient sur cette liste imaginaire. L’une de mes ambitions était précisément de repositionner le groupe dans un cadre plus large que celui du mouvement punk et c’est l’une des raisons pour lesquelles je m’attarde longuement sur les paroles de Pete Shelley. Si elles annoncent de manière évidente tout un pan de la pop indie, et de celle des Smiths en premier lieu, elles n’ont guère de rapport avec les thèmes abordés par Discharge ou Cockney Rejects. De ce point de vue, les Buzzcocks possédaient pas mal d’atouts pour survivre aisément à la première vague punk ou au carcan du punk rock. Les conflits internes, la fragilité de Shelley, l’ambition de Diggle et les attentes du public en ont décidé autrement. Le recul permet cependant de constater que le groupe a laissé un legs fondamental en un temps record et c’est un peu l’idée que j’ai tenté de faire passer dans le choix du sous-titre du livre. Si ce regard peut permettre à une poignée de lectrices et lecteurs de réécouter ces chansons avec une attention renouvelée, alors j’aurais atteint mon objectif."

Mission parfaitement accomplie.


Mathieu David Blackbird  


Nicolas Sauvage Buzzcocks (76-81) – Une Brève Eternité (Le Boulon, 2026)




 
 
 

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