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Jesse Sykes // Tendre est la nuit

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    PERSONA
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Dernière mise à jour : il y a 24 heures

©Karen Moscowitz
©Karen Moscowitz

Forever I’ve Been Being Born, cinquième album en un quart de siècle, signe le retour de Jesse Sykes et de son groupe, The Sweet Hereafter, emmené avec Phil Wandscher. Si la voix de l’Américaine s’est aggravée sous le poids des années, la musique opère un retour aux sources, celles d’une country légère, teintée de psychédélisme et aux accents gothiques.

Assumant une certaine fragilité, ce disque est son plus beau. Jesse nous avait tant manqué.


Ton groupe, The Sweet Hereafter, est de retour après un silence discographique d’une quinzaine d’années, si l’on excepte la parution d’une chanson unique, Dewayne. Que s’est-il passé après votre quatrième album Marble Son (2011) ?

Deux membres du groupe sont partis, à un moment où nous avions trouvé le bon équilibre, où je sentais que nous étions lancés. Nous revenions d’une longue tournée. C’est d’abord notre bassiste qui nous a quittés quand il a eu un enfant. Puis notre batteur. On a tenté de les remplacer, on a travaillé dur pour poursuivre, mais ça ne marchait pas. Nous avions trouvé une alchimie rare et ils avaient beaucoup contribué à forger les chansons de Marble Son. J’étais blessée de les avoir perdus, ça m’a dévastée car j’ai eu le sentiment qu’on m’arrachait les membres de ma famille. Phil et moi avons un lien pathologique à ce groupe, on prend ça certainement trop à cœur. On ne peut pas jouer avec n’importe qui et notre engagement total peut rebuter. D'autres événements se sont produits dans notre vie qui, à ce moment-là, ont tout fait basculer et je suis tombée dans une profonde dépression. Il m'a fallu beaucoup de temps pour m'en sortir et retrouver l'envie d’empoigner ma guitare, d'écrire des chansons. Entre temps, la santé de ma mère, qui est devenue très âgée, s’est fragilisée et il m’a fallu m’occuper d’elle. A présent que nous sommes revenus, The Sweet Hereafter s’articule clairement autour de Phil et moi ; c’est en duo que nous jouerons les chansons du dernier album sur scène. Mais nous avons l’espoir de remonter un groupe et je prie pour que ce soit le cas pour notre venue en Europe.


Parlons de Dewayne, cette chanson qui rompit le silence en 2018. Elle est un hommage à Dewayne Pomeroy, un garçon de Seattle. En quoi son histoire est-elle importante au point de venir hanter une de tes chansons ?

Quand j'étais jeune, j'ai fait des études d'art et je me suis spécialisée en photographie. J'ai eu la chance de faire un stage avec la photographe Mary Ellen Mark, qui a inspiré et co-réalisé le film documentaire Streetwise, considéré comme un chef-d’œuvre du cinéma. Il a été nominé aux Oscars à l'époque. Le film parle d’une dizaine d’enfants des rues de Seattle dans les années 80, vivant de vols et de prostitution, et Dewayne était l’un d’eux. Il s’est pendu la veille de ses 17 ans. Dans le film, il y a une scène où son assistante sociale disperse ses cendres dans le Puget Sound, le bras de mer qui entoure Seattle. La fragilité et la gentillesse de Dewayne, le fait qu’il était violé par des hommes âgés – que les enfants appelaient « chickenhawks », les faucons –, son suicide, tout cela m’avait bouleversée. Des années plus tard, en 1990, j’ai quitté New York et suis venue vivre à Seattle. Je n’étais encore qu’une gamine. J’avais trouvé un petit boulot dans le quartier de Pipe Street et je pensais à Dewayne tous les jours. Il était devenu une sorte d’alter ego pour moi, car j'étais toujours en difficulté, à deux doigts de me retrouver à la rue. Il y a une dizaine d’années, je vivais alors dans l’Iowa, cette chanson m'est littéralement venue d'un seul coup. Cela a donné le ton à l'album : d’autres chansons évoquent de telles présences cosmiques, des sortes d’« anges gardiens ».



©Phil Wandscher
©Phil Wandscher

Dewayne était un outsider. Ce sont vers les marginaux que ton affection se porte invariablement ?

Le fait que Dewayne se soit suicidé si jeune révèle qu’il était trop pur et qu’il n’était pas fait pour ce monde. Je n’ai pas l’impression d’être faite pour ce monde non plus, aussi me suis-je toujours identifiée à lui. Jeune déjà, je ne nourrissais aucune fascination pour les personnes intégrées, efficaces, pour les dominants ; je m’identifiais aux opprimés, aux personnes trop fragiles pour ce monde. Dewayne en était l’archétype et j’ai voulu lui rendre hommage. La chanson est truffée de références au film et au Seattle des années 80. Par exemple, Baby Gramps était un musicien folk qui jouait tous les jours dans les rues du centre-ville. Il est toujours en vie aujourd’hui ; il a une drôle de voix, quelque part entre Popeye et Tom Waits. Au début des années 90, Seattle était encore une ville dure, austère. Quand j’ai déménagé, tout le monde a tenté de me dissuader de m’y rendre : « Sais-tu que Seattle est la ville avec le taux de suicide le plus élevé du pays ? ». Mais c’était justement cela qui m’attirait. Je faisais beaucoup de photos de rue et je recherchais cette atmosphère sombre et mélancolique, ce côté granuleux, sale et brut. Seattle a beaucoup changé, en raison de l'industrie technologique, qui a anéanti l'âme de ces lieux. C'est devenu un campus, pour Amazon et Google. Tout y est clinquant. C'est horrible.


J’ai découvert que le nom de ton groupe t’avait été inspiré par un rêve. J’avais toujours cru que cela venait du livre de Russell Banks. Tes rêves sont-ils souvent une source d’inspiration ?

Je n'ai jamais fait de rêve aussi intense depuis celui-là, que j'appelle le « doux rêve de l'au-delà » (« sweet hereafter dream »). C'était plus qu'un simple rêve. C'était, sans vouloir paraître prétentieuse, une expérience quasi divine : il y avait des anges, des trompettes et une musique magnifique que j'entendais sourdre du sol. Je n’en ai alors parlé à personne – on m’aurait prise pour folle. Mais toutes ces années plus tard, j’assume le caractère divin de cette expérience. Depuis, mes rêves me paraissent sans envergure, pas assez profonds pour que je m'y attarde. J’ose croire que ma vie est suffisamment intense le jour et que mon cerveau se met en veille la nuit ! J’avais vu le film tiré du livre de Russell Banks quand il était sorti. Je me souviens de l’affiche qui m’avait beaucoup émue : on y voyait un enfant et une mère blottis l'un contre l'autre. Quant au film lui-même, je ne l’avais pas trop aimé, je l’avais trouvé assez froid, même si certaines scènes m’avaient marquée. Mais le nom a dû s’imprimer dans mon esprit et provoquer ce fameux rêve. J’ai longtemps nié cette influence, comme si je voulais m’en émanciper. Aujourd’hui, j’admets que ce film m’a donné la confiance nécessaire pour appeler mon groupe d’un nom si étrange.



Ton dernier album, Forever I've Been Born, s’ouvre avec la chanson Feather Treasure. En quoi les plumes constituent-elles un trésor à tes yeux ?

J'ai traversé une période de plusieurs années pendant laquelle, chaque jour, je trouvais des plumes partout sur mon chemin. Les plumes que l’on trouve par terre peuvent représenter la mort ; quand on en ramasse une, cela coïncide avec le moment exact de la mort d’une personne quelque part dans le monde. J'en ai constitué une collection impressionnante – j'en ai plusieurs centaines. La chanson est une ode à cette période. C’est aussi une époque où j’ai perdu un ami cher ; elle a peut-être été inspirée par ce deuil qui m’a affligée. Mais même avant sa disparition, j’étais hélas en proie à une souffrance psychologique ; heureusement, il y avait ces cadeaux que je recevais lors de mes promenades quotidiennes : ces trésors de plumes. Ces offrandes m'ont maintenue en vie. Cette chanson est importante pour moi car elle évoque mon amour pour Phil. Nous partageons un cœur musical, où l'amour est éternel. Et notre groupe, The Sweet Hereafter, est cette entité qui nous maintient ensemble. Qui nous maintient sur la bonne voie. Nous sommes sur terre pour ça, il ne peut en être autrement. C’est notre histoire.


Te souviens-tu de ta première plume ?

Non – c'est étrange car d’habitude, je me souviens de tout ! Mais j'ai conservé chacune de celles que j'ai ramassées. J'en ai tellement que j'ai dû arrêter de les mettre en exposition chez moi, ça devenait insensé. Aujourd’hui, je n’en trouve plus que rarement – et elles sont souvent abîmées. Auparavant, elles étaient magnifiques et intactes, c’étaient les plumes primaires de hiboux ou de faucons, elles provenaient d’oiseaux rares ou d’oiseaux chanteurs. Feather Treasure est vraiment une ode à la pensée magique. En psychologie, on la considère souvent de manière négative mais pour moi, elle s'apparente à un état poétique, où je suis attentive à tout ce qui m’entoure, ouverte aux symboles qui se présentent. Quand toutes ces plumes ont commencé à tomber, elles étaient comme des miettes de pain dont je suivais le sillage. Cela m'a poussée à sortir chaque jour, car leur abondance était presque comique. Je me souviens de l’excitation que cela m’apportait, de la fantaisie qu’elles ont apporté dans ma vie et qui m’ont aidée à sortir de la dépression. Elle m’ont reconnectée à ma part d’enfance et d’innocence.



©Autumn De Wilde
©Autumn De Wilde

Et la première chanson qui t’a touchée, t’en souviens-tu ?

Les chansons que me chantait ma mère quand j'étais enfant sont mes premiers souvenirs musicaux. Elles ont eu un impact immense sur mon âme. Je suis convaincue que l'intimité de sa voix, la chaleur de son cœur contre mon oreille et les douces mélodies qu'elle chantait sont à l'origine de mon amour pour la musique. J'associe la musique à l'amour. À elle. Elle jouait du piano classique et la musique était omniprésente à la maison. Je me souviens de cette douce mélancolie qui m'envahissait alors – il ne se passait jamais une journée sans que je ne la ressente. Je savais déjà que je consacrerais ma vie à cette « douleur ». Tout a commencé avec ma mère.


Ce nouvel album offre un retour aux sonorités de tes débuts : moins psychédéliques, moins électriques et saturées que lors des deux derniers albums, plus simples et dépouillées – presque fragiles…

Dès le départ, nous savions que nous allions enregistrer une poignée de chansons sur bande magnétique, juste Phil et moi. Ca a été le cas pour Feather Treasure, Oh My Sitter et Chaperone. A l’époque, ma chienne Ruby avait 15 ans et je me préparais à sa mort. Je me remettais à peine de la séparation du groupe, je me débattais avec l’idée de la perdre, de vivre sur cette Terre sans elle. Ces premières chansons, je les ai écrites dans cet état de grande fragilité, que j’assumais totalement. Je voulais chanter des choses tendres ; tant pis si cela ne sonnait pas comme nos derniers albums. Je voulais que ma musique reflète l'état dans lequel je me trouvais, et qui ressemblait à une renaissance. J’ai commencé à tourner de petits journaux vidéo, dans lesquels je me confiais sur mon enfance, les moments heureux comme certains événements horribles qui m’ont façonnée. C’était comme un éveil, la rencontre avec mon Moi supérieur, l’acceptation du temps qui avait passé et la possibilité d’être en paix malgré tout le chagrin, toute la tristesse. J'ai réussi à me débarrasser d'une grande partie du poids que je portais depuis ma jeunesse. La tendresse de cet album, sa fragilité, viennent de là – de cette part d’enfance avec laquelle j’ai renoué. Mes choix d’arrangements en ont découlé inconsciemment : je comprends aujourd’hui pourquoi les batteries sont enfouies, les sonorités si graciles parfois.




Vous conseillez aux auditeurs d'écouter votre album « dans le noir ». Pourquoi ?

J’ai l'impression que c'est le genre de disque qui prend vie la nuit. Les thèmes qui le traversent ne sont pas faits pour la lumière du jour. Beaucoup de paroles ont une dimension jungienne, alors j'ai le sentiment qu'il faut le vivre comme dans un rêve ! Les disques sonnent généralement mieux la nuit, car il y a moins de distractions et que l’immersion peut être totale. Onirique. La nuit, la musique peut vous pénétrer pour vous accompagner longtemps. Je ne voudrais pas paraître arrogante, mais cet album regorge de subtilités sonores, aussi fragiles que le bord de l’aile d’un papillon. C’est ce que je disais à mes musiciens : « Jouez comme si votre joue était frôlée par l’aile d’un papillon ». Ca me ferait de la peine si les auditeurs ne percevaient pas ces nuances, car nous y avons travaillé dur en studio. Pendant l'enregistrement, j'ai eu la vision d'un petit enfant qui se blottissait contre moi dans le noir. J'ai également demandé à chaque musicien de penser à cette image, pour que la musique soit douce et chaque note jouée avec délicatesse. Quand j’y pense – et c’est pour cela que je te parlais de Jung –, je crois que cet enfant, c’était moi.


Tu sembles assumer totalement d’évoluer dans les ténèbres. Le premier vers de la chanson Forever I’ve Being Born est programmatique : « My note, it is somber / A tone that stands alone » (Ma note est sombre, ma tonalité à part). Ça ne t’a jamais pesé ?

Je suis à l’aise avec ça. Je suis née comme ça. Je me souviens, avant même d’avoir des souvenirs, lorsque j’étais une petite fille de 3 ans, de ressentir cette tristesse sourde, ce chagrin. J’ai toujours su que ma vie serait centrée sur la poursuite de la mélancolie, que je me draperais en elle. Ne te méprends pas, j’adore la musique joyeuse et entraînante, mais ce n’est pas ce qui sort de moi. Je suis comme je suis et ma musique doit être fidèle à ma vision. Quand je prenais des photos argentiques, elles étaient en noir et blanc, granuleuses et invariablement enténébrées. Je n’ai jamais considéré l’art comme une distraction, mais comme le moyen de refléter les aspects les plus profonds de l’humanité, de remonter jusqu’à la source, de regarder la vie bien en face. J’en reviens à mon enfance : nous étions une grande famille, très unie, mais où la tristesse régnait. Une de mes cousines s’est noyée, enfant, puis de nombreuses autres tragédies ont suivi. Cela m’ a rendue sensible à la douleur des autres.



©Phil Wandscher
©Phil Wandscher

Enfant, tu avais donc conscience de la mort, de la finitude de l’existence ?

Oui. Mon frère était très malade et a frôlé la mort à de nombreuses reprises… J'en ai été témoin. La mort était omniprésente, comme un personnage qui planait constamment au-dessus de moi. J'en ai eu une peur panique pendant de très nombreuses années. J'étais une enfant très dépendante de ma mère. Je dormais souvent avec elle car la nuit, je me réveillais avec l'impression qu'il y avait quelqu'un au pied de mon lit. Cette terreur m'a forgée. Aujourd’hui, je sais être heureuse, j'embrasse pleinement la vie, je me sens en paix.


C’est la musique qui t’a apporté cet apaisement ?

Tout art, toute création est une façon d’affronter la certitude que la mort nous emportera. Les cathédrales, toutes ces belles réalisations humaines, en témoignent. La tristesse qu’entraîne cette certitude s’estompe avec les années. Mais quand j’étais jeune, gonflée d’espoir en l’avenir, c’était une certitude déchirante. Aujourd’hui, je trouve du réconfort dans l’idée que, peut-être, les chansons que je laisse derrière moi trouveront un écho chez certaines personnes, après que j’aurai disparu.


Ta musique inspirera assurément les générations futures, comme les générations passées t’ont inspirée quand tu étais jeune. Cela me fait penser à la première chanson de ton premier album, Reckless Burning, dans laquelle tu chantes le vers « Goodbye Irene », faisant signe à Leadbelly…

C’est sorti tout seul, de manière un peu surréaliste – je me souviens très bien du moment où j’ai écrit cette chanson. J’ai toujours imaginé ses personnages écoutant la radio tandis qu’ils conduisent, deux paumés qui veulent prendre du bon temps. Les personnages sont inspirés de Phil et moi, à l'époque où nous étions en couple et où j'étais tombée amoureuse de lui. « Good Night, Irene » m’est venue comme une vision : c’est la chanson qui passe à la radio et, de manière plus abstraite, elle est un pont dressé entre le passé et l’avenir. Adolescente, je suis devenue une grande fan de blues. Je trainais dans les magasins de disques et j'achetais tous les vieux disques de blues et de jazz. J’étais une jeune fille très sophistiquée ! Je ne connaissais personne de mon âge qui en écoutait. Enfin si, quelques garçons tout de même, obsédés comme moi par la musique. Le blues est demeuré ancré en moi, pour toujours. Il a rejailli, cette nuit où j’ai écrit Reckless Burning. Ce n’est pas une chanson de Taylor Swift que diffuse l’autoradio, mais une musique profondément enracinée dans la psyché américaine.




En parlant avec toi de l’influence du blues, je repense à une citation de Dave Alvin, le leader de ton autre groupe, Third Mind. Il a dit que ta voix évoquait la rencontre de Grace Slick et Sandy Denny. Ca m’a surpris car ce n’est pas ainsi que je perçois ta voix. Je pense plutôt à Karen Dalton, à Elizabeth Cotten ou même à de vieux chanteurs de blues.

Oh merci infiniment, ces noms-là me touchent.


Je pense à des voix qui ne sont pas parfaites, des voix brisées qui laissent filtrer la lumière par leurs fêlures, pour paraphraser Leonard Cohen. Quand as-tu réalisé que tu avais une voix spéciale ?

Ce n’est, malheureusement, que depuis ce dernier album que je me le dis. Je préfère ma voix aujourd’hui, ma voix vieillie. C’est celle que j’ai toujours espérée, poursuivie. Cela me fait penser à Townes Van Zandt. J’ai entendu sa voix pour la première fois en concert, au début des années 90 à Seattle. C’était une voix bouleversante, qui avait tant vécu, tant vu. Nous étions une quarantaine dans la salle, personne n’en avait rien à foutre ; quant à moi, ce concert a changé ma vie. Je me souviendrai toujours de son interprétation de la chanson « Marie », qui figure dans son dernier album, paru peu de temps avant sa mort. Dans la foulée, j’ai acheté tous ses disques. Et j’ai découvert que la voix de Townes avait beaucoup changé depuis ses débuts – ce soir-là, j’ai entendu la voix fragile d’un vieil homme. Quand on fait des disques, on entend sa voix vieillir, on est témoin du temps qui passe. Ma voix, aujourd’hui, est chargée de toute une vie et c’est ainsi que je l’aime. Mon âme et mes cordes vocales m’ont semblé longtemps désaccordées. Ce n'est que récemment que j'ai trouvé ma voix. Je me demande si c'est parce que, jeune, j'avais hâte de vieillir.


Pourquoi n’aimais-tu pas ta jeunesse ?

J'ai détesté être jeune à bien des égards. Il est bien sûr terrible de perdre sa beauté. Mais je ne me suis jamais sentie belle quand j'étais jeune. J'ai toujours eu l'impression d'être une bête curieuse et que la jeunesse était … une distraction. J’étais une petite fille blanche et je me rêvais vieux bluesman noir ! Il faut avoir été malmené par la vie pour avoir une voix qui saura exprimer la souffrance et le chagrin et je crois que je l’ai maintenant. C'est la seule chose dont je suis fière – je ne veux pas me vanter, mais si tu m’entends en concert, tu l’entendras dans ma voix : la profondeur. Il me faut enregistrer un autre disque avant de mourir ; j’aimerais que ce que je suis aujourd’hui soit capté. Je crois y être arrivée, enfin – être un instrument qui sait, avec justesse, exprimer la tristesse.


Pierre Lemarchand






Forever I’ve Been Being Born (Ideologic Organ) 2025


En concert (unique date en France) :

Le samedi 27 juin 2026 à la Scierie de Vancé (Sarthe) dans le cadre du Eldorado Americana Festival.

 
 
 

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