ARCHIVE // La Seine Musicale 3 avril 2026
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À peine 5 semaines après la sortie de leur dernier album, Glass Minds, voici Archive déjà sur les routes d'Europe pour une mini-tournée avant de s'envoler très prochainement à la conquête de l'Amérique du Nord, mieux armés que jamais. Rarement dans leur carrière une sortie de disque aura créé autant d'engouement, aussi naturellement l'attente était-elle ce soir-là particulièrement impatiente.
Après une première partie plus qu'honorablement assurée par les Polonais de Bokka, les musiciens arrivent sur scène dix minutes avant l'horaire prévu. Il n'en faut pas plus pour embraser une première fois cette magnifique salle de la Seine Musicale qui se révèle comme un choix gagnant pour cette date parisienne tant son acoustique impeccable et sa configuration semblent avoir été taillées pour mettre en valeur la musique du combo.

Avant toute chose, une petite revue d'effectifs : sans surprise, Dany Griffiths, l'un des fondateurs du collectif, n'est pas là, ni à sa place habituelle sur la droite de la scène, ni ailleurs, mais hormis ce gros détail, le line-up est au complet, tout du moins tel que l'on était en droit de l'attendre : Darius Keeler (en super forme) aux claviers, Mickey Hurcombe à la guitare (il sera remarquable tout le concert), Lisa Mottram au chant, Dave Pen et Pollard Berrier au chant et guitare, Jonathan Noyce à la basse et l'inénarrable Steve “Smiley” Barnard à la batterie. Ajoutons le rappeur Jimmy Collins même si ce dernier ne rentrera en scène que bien plus tard. Un grand écran est installé en fond de scène derrière les musiciens, il diffusera en support des différents morceaux des images. Ce dispositif jouera un rôle important, apportant une profondeur et un aspect cinématographique sublimant l'interprétation sur nombre de titres joués ce soir.
À l'instar du dernier album, le set commence avec Broken Bits et son introduction portée par les cuivres, sémaphore pour sortir de la brume dans laquelle Call to Arms and Angels, l'opus précédent composé pendant la période covid, nous avaient plongés. Ce morceau n'est ni plus ni moins que le héraut d'un renouveau qui va éclater au grand jour de la plus belle des manières qui soit avec le morceau suivant, Look at Us, également extrait du dernier album (en tout Archive jouera ce soir 9 des 12 morceaux qui le composent). Déjà remarquable sur l'enregistrement, le titre prend une autre dimension sur scène, porté par la voix d'un Pollard Berrier des grands soirs qui après à peine 10 minutes aura fait tanguer la salle. Si ça gite c'est pour avancer plus vite, car jamais le bateau ne prendra l'eau (le complexe de la Seine Musicale est situé sur une île), bien au contraire, profitant des vents porteurs insufflés par un public à l'unisson, et même en communion. Les morceaux suivants permettent de constater la force en live des compositions du dernier album à travers une revue des titres (simplement entrecoupée par un “intrus”, Numb, dont l'interprétation ravira les fans du superbe album de 2002, You All Look the Same to Me) que sont Wake up Strange, City Walls, Glass Minds, Shine out Power et So Far from Losing You. Ce dernier titre est porté aux sommets par le groupe dans une interprétation qui fait monter d'un cran le curseur émotionnel et ce n'est pas le morceau suivant qui va inverser la tendance, bien au contraire. Quand Dave Pen s'approche du micro alors que Mickey Hurcombe joue les premières notes en arpège sur sa guitare, une clameur de joie emplit la salle pour accueillir Again. Morceau récemment utilisé comme rappel, il retrouve là une place centrale qui lui sied à merveille d'autant plus que les musiciens ont choisi d'en livrer une version plus longue que celles auxquelles on était normalement habitués la plupart du temps. Plus de 20 ans après le morceau reste plus que jamais un chef d'œuvre, la preuve en a encore été faite ce soir.

Pas le temps de reprendre son souffle et voici que Jimmy Collins arrive sur scène pour un superbe Heads Gonna Roll sur lequel son flow fait merveille, rappelant le temps de Londinium où Rosko John avait installé le rap au centre du dispositif des Anglais. Pour terminer le set principal, les musiciens ont décidé de piocher dans le répertoire du magnifique Controlling Crowds I-III (sans avoir oublié de mettre le récent et sublime Patterns sur la setlist) avec une très belle version de Bastarded Ink et un atomique Dangervisit en forme de bouquet final de feu d'artifice avant que la salle ne se replonge dans le noir, groggy.
Après une très courte interruption, le rappel redémarre avec le classique Controlling Crowds, sublimé par les images qui défilent sur l'écran géant derrière la scène. Leur côté anxiogène ne fait qu'ajouter au côté à la fois alarmiste et visionnaire du morceau dont les paroles montrent toute la clairvoyance du groupe lorsqu'il s'agit de porter un regard politique sur l'état du monde. On continue avec deux titres issus de Controlling Crowds Part IV : Pills et Lines, dont les parties vocales sont originellement interprétées par Maria Q et en l'occasion assurées par Lisa Mottram qui, bien que n'ayant pas la même tessiture que l'originale, s'en tire plutôt bien n'en déplaise aux grincheux pour qui c'était toujours mieux avant. Pour le dernier titre de la soirée, c'est une nouvelle fois Dave Pen qui assurera les parties vocales sur un “Fuck U” d'anthologie qui n'en finira pas d'en finir, chanté à l'unisson par la salle à l'invite du chanteur qui fera résonner un We need love ! à l'adresse du public. Visiblement il a été entendu car ce soir personne dans la salle n'en aura manqué tout au long de ce concert qui, de mémoire de fans rencontrés après dans les coursives du complexe boulonnais, restera comme l'un des meilleurs auquel ils auront assisté. Opinion partagée sans l'ombre d'une hésitation.
Xavier Martin
Glass Minds Dangervisit {PIAS} 2026
Photos : David Poulain
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