• PERSONA

REQUIN CHAGRIN // BYE-BYE-BABY


© Andrea Montano


Marion Brunetto n’a pas fini de nous captiver avec sa joyeuse bande de squales mélomanes, aux sonorités pop rock acérées. Après notre rencontre pour Sémaphore, son précédent album, nous la retrouvons avec un nouvel opus Bye bye Baby encore plus envoûtant que nous ne l’espérions. Intime reflet d’une réflexion profonde sur ses sentiments, Marion s’habille de subtiles nuances à la fois sombres et scintillantes tout en prenant le soin particulier de se confronter à la complexité de notre monde « Fou ». Le fort pouvoir narratif de cet album augmente encore son univers sensuel. Entre justesse et fragilité, sans faux semblants et délicieusement mélancolique, on se laisse happer par une mélodie voluptueuse, une histoire tourbillonnante, une nouvelle ritournelle enivrante…


Depuis ton premier EP, tu as progressivement changé de sonorité en abandonnant le rock garage du début pour une sonorité plus pop. Avec ton groupe, comment avez-vous dessiné cette évolution ?

Ça s'est fait naturellement. J'ai essayé de faire ce qui me tentait, au bon moment. Le premier était effectivement très rock garage, assez fougueux et un peu brouillon. Mais c'était le premier, il a le charme des débuts. Sur le second, j'avais envie de faire des choses un peu plus longues, essayer de mettre des effets sur les guitares, des choses qui se rapprochaient du premier quand même. Et sur le dernier j'avais envie d'étoffer, de simplifier un peu les choses, que ça sonne un peu plus précis. J'avais envie qu'on comprenne plus les paroles. Et puis je me suis bien amusée à le faire, parce que c'était pendant la période du confinement. J'étais avec du nouveau matériel et j'étais vraiment à fond, j'avais un magnéto à bande qui était tout nouveau, je n'arrêtais pas de le faire tourner : marche, arrêt, replay !


Tu as donc fonctionné un peu en vase clos pour l'élaborer ?

J'ai fait plusieurs maquettes assez poussées, une fois que c'était validé, je suis allée une semaine en studio avec mon claviériste. Là on a fait toutes les batteries, les voix, Gaël Étienne a fait les claviers , il était une oreille de confiance, vu qu'on était dans un studio que je ne connaissais pas, que j'avais beaucoup de choses à faire, et je trouvais que l'idée d'un binôme était bonne. Après ça a été mixé en Angleterre, à distance. J'aurais dû y aller, mais avec la Covid... Au début c'était très cocon, après ça passe un peu de main en main, jusqu'au mixage, au mastering.


On sent justement sur cet album la volonté de mettre les textes On sent justement plus sur cet album cette volonté de mettre les textes plus en avant, avec un côté plus intimiste. Tes chansons parlent-elles toujours un peu de toi, de ce que tu peux ressentir ou vivre ?

Sur l'album précédent j'étais vraiment dans la thématique de la Méditerranée, mon enfance, les paysages qui m'entouraient, j'étais dans une espèce de nostalgie, dans des thèmes comme la plage, la mer et le soleil. Et là, on est un peu plus dans ce qui suit, dans l'après, avec le côté transition. Il y avait aussi le thème de la nuit qui vient. Je sortais de l'écriture et de la tournée de Sémaphore qui était plus dans ce que j'avais vécu enfant, adolescente, et j'avais envie de raconter autre chose, de sortir de cette nostalgie, et raconter des choses plus personnelles. Mais ça dépend des chansons. Les Perséides parle aussi du souvenir, mais je me suis servie du thème de la nuit, des étoiles, pour évoquer l'évasion. Je n'avais pas envie de faire un album linéaire avec le même sujet de la chanson 1 à la chanson 10, c'était plus désarticulé.


Tu as trouvé, quand même, une sorte de fil rouge ?

C'est moins flagrant que sur Sémaphore. Sur cet album, c'est venu un peu au fur et à mesure. Ce qui est drôle c'est que l'étape de la pochette vient toujours après, alors que ce qui a vraiment unifié le tout, c'est la pochette.


Justement le visuel de l'album donne une notion un peu magique, nocturne, qu'on peut retrouver sur pas mal de tes chansons. C'est toi qui a choisi le graphisme ?

Je suis vraiment tombée dessus, tout bêtement sur Internet. Je faisais défiler des tonnes de visuels, et je suis tombé sur cette image par hasard. Immédiatement je me dis que c'était celui-là qu'il fallait. De suite je l'envoyai au label pour savoir ce qu'il en pensait en tant que référence, on a contacté l'artiste qui a donné son accord. Et je trouve que juste ça, ça a collé avec les 10 chansons, c'est marrant ! Par exemple le titre de l'album Bye bye Baby, et la chanson du même nom, parle d'une période de transition, de dire au revoir à son passé, et je trouvais parfaite l'image de la voiture arrêtée devant la mer, de nuit, comme si elle regardait le futur (on peut s'imaginer plein de choses). J'ai été vraiment contente d'avoir cette pochette pour unifier l'ensemble encore plus.


Justement, puisque tu en parles. Est-ce un désir de ne pas se centrer sur quelque chose de totalement temporel, fixé à l'instant T ?

Sémaphore était plus nostalgique et le premier ep était plutôt dans l'énergie. Là c'était encore différent, même si ce n'est pas flagrant, mais déjà d'utiliser un synthé était un peu futuriste. Je ne reste pas avec la même guitare, les mêmes effets, je voulais vraiment avoir quelque chose de nouveau, composer un peu différemment, du coup c'était l'occasion de changer un peu de tempo.


Avec un son un peu plus pop aussi ?

C'est peut-être moins la barrière du son, mais c'est loin des couches sonores que j'utilisais précédemment, un peu plus concis... Après on dit toujours ça, mais on a souvent envie de rajouter plein de trucs !


En live, c'est forcément différent ?

Oui, c'est différent, on sent plus l'énergie des morceaux. On est 4 sur scène, donc c'est vraiment plus direct et c'est assez chouette car sur scène on aime vraiment jouer les derniers morceaux, même si en les écoutant on peut être dans un certain état d'esprit, dans la contemplation. Mais là, sur scène, on est dans une énergie plus « rock ».


Et là tu as commencé la tournée depuis l'année dernière, avec des pauses forcément obligatoires. Vous êtes passés un peu entre les gouttes .

Même si on n'a pas eu d'annulations à cause de la Covid, je pense que tout le domaine en a souffert. Je me souviens au premier concert, à la reprise : c'était masque et couvre-feu à 23h. Il y avait plein de gens qui étaient présents et je sentais qu'ils souriaient à travers leurs masques, ils étaient contents, alors qu'ils ne nous connaissaient peut-être pas !


Vous avez joué sur pas mal de beaux lieux, de beaux festivals (Mythos, La Cigale, la Maroquinerie, le Krakatoa, Rock en seine, Les Vielles Charrues, etc...) alors que vous étiez dans des plus petites lieux avec Sémaphore... C'est une belle évolution ?

C'est vrai que ça fait énormément plaisir. J'ai à la fois hyper hâte et un peu le trac, car ça représente quelque chose de très fort à chaque fois. La Cigale, pour y avoir été plein de fois en spectatrices, c'est une salle chouette parce qu'on peut y voir des concerts assez confortablement, et en même temps il y a toujours une belle ambiance... La Maroquinerie aussi...


Et pourquoi pas l'Arena dans 10 ans ! Aujourd'hui si on te disait de regarder en arrière, de revenir dans ta chambre d’adolescente où tu commençais la musique, est-ce que tu pouvais imaginer en être là ?

Ah pas du tout ! Quand on est ado on commence avec la guitare, on regarde des concerts de groupes qu'on adore, qui font des trucs immenses et on se dit « oh c'est trop beau, j'aimerais remplacer le guitariste ! », des trucs comme ça, mais ça reste du rêve. Après ce n'est pas une chose que l'on arrive à prévoir d'avance. Ça s'est fait progressivement, par des investissements personnels, du boulot, des rencontres et beaucoup de chance aussi.


Et ça t’arrive de monter sur scène et repenser à tes débuts, tes rêves d'enfances ?

Ah non, pas trop, je ne suis pas trop dans le créneau de la nostalgie. Après ça m'a fait ça quand j'ai rencontré Nikola (Sirkis ndlr), j'ai un peu bugué parce qu'au début c'était un peu spécial, c'était une des idoles de mon adolescence ! Peut-être que là, oui, je me suis rappelé l'époque où j'embêtais toute ma famille avec Indochine !

Maintenant, je vis l'instant présent.

Entretien : Stéphane Perraux - Retranscription : Anne-Marie Léraud



Requin Chagrin – « Bye Bye Baby » – Label : KMS Disques – Avril 2021





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