Rachel Boirie // La main basse
- PERSONA
- 26 févr.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 14 minutes

Main basse sur Rachel Boirie
Où le parcours d’une musicienne-bassiste au jeu de jambes impeccable
par Max Well
Rachel Boirie est bassiste et souvent l’idée que l’on se fait d’une bassiste de rock c’est de la voir au fond de la scène, tranquille, en osmose avec le batteur. Rachel, non. De suite on la remarque devant, elle bouge, elle a un jeu de jambe de boxeur, elle est physique et son jeu de basse est précis.
Normal elle a joué avec Raoul Petite, Fritz Kartofel et les Free Beans (deux groupes montés par Fred Tillard, fondateur des Raouls et adepte de… Zappa). Elle n’a pas de modèle, ni féminin, ni masculin. Et loin de n’être qu’une instrumentiste de l’ombre (pas possible de toute façon, elle est si jolie), elle est également chanteuse, choriste, compositrice et on trouve son nom sur le dernier album du grand Christophe, le dernier des Bevilacqua, en plus de posséder ses propres bands et d’être l’une des quatre membre de Shelton, groupe dont le premier album ne saurait tarder. Rencontre dans l’une de ses deux roulottes.
Comment est arrivée ton envie d’être musicienne ?
Mon père jouait de la batterie dans un groupe, mais ce n’est pas ça qui m’a influencé.
A 6 ans, lorsque mes parents m’ont proposé de choisir une activité, c’était une évidence que je voulais apprendre à jouer d’un instrument. J’ai démarré par une année de piano, puis deux ans de violon mais mon quand mon professeur adoré est parti je n’ai pas accroché avec sa remplaçante, trop jeune et pas vraiment gentille ni pédagogue.
Mon père m’a alors amené chez son ami d’enfance Pierrot Rodriguez (ils avaient un groupe ensemble quand ils étaient plus jeunes) qui enseignait la guitare et la basse !
Un jour, après un an de cours de guitare, il m’a suggéré d’essayer sa basse, m’a appris un petit accompagnement sur une grille de blues et à ce moment-là j’ai ressenti quelque chose de très fort. J’ai adoré la sensation des cordes qui glissent sous les doigts et ce son grave et rond.
Je n'envisageais pas d'en faire mon métier jusqu'au BAC mais il a fallu à ce moment-là choisir une voie et il m'était inimaginable d’envisager un métier autre qu’artistique.
C’est mon cousin Richard Daudé, guitariste, qui venait de terminer une formation au centre de musiques actuelles "Artist" de Cavaillon et qui m'a donné envie de suivre le même chemin...
Bon j’avoue ça paraissait vachement facile quand on le voyait jouer mais en vérité c’est juste lui qui est un extraterrestre.
Evacuons tout de suite les clichés, la basse c’est l’instrument le plus facile dans la musique rock ?
Je pense que le plus important en musique c'est le groove, le son, le rythme et le bassiste est le musicien qui a le moins droit à l'erreur dans tout ça, donc l'instrument le plus ingrat peut être, mais absolument pas le plus facile. Il n'y a pas d'instrument facile de toute façon.

Autre cliché : la basse fut longtemps l’instrument des filles dans un groupe rock, on peut citer Corine de Téléphone, mais aussi Suzy Quatro... une leadeuse, t’es-tu identifiée à des modèles ?
Je ne les connaissais pas quand j'ai démarré la basse. D'ailleurs ça ne fait pas si longtemps qu'il y a autant de filles à la basse mais je pense que c'est un instrument qui attire les filles car elles ont souvent moins que les hommes ce besoin de se mettre en avant, de briller, de séduire, elles comprennent le rôle du bassiste, ça reste malgré tout un instrument d'accompagnement. Pour moi ça a été un coup de foudre, je ne l'ai plus lâché, c'est le touché,
le fait de jouer avec les doigts et non avec un médiator (le plus souvent), cela procure un truc physique en plus du son, de la vibration.
J’ai aimé ce qu'apporte la basse dans une musique. je n'ai pas commencé cet instrument pour m'identifier ni à un modèle féminin ni à un modèle masculin. Quand j’avais 11 ans, j’écoutais AC/DC, Gun’s & Roses, j’étais attiré par le hard et le metal.
Puisqu’on aborde les références, des groupes, artistes, disques préférés, genre ceux pour l’île déserte ? 4 ou 5 noms !
Je ne sais jamais répondre à cette question, je n'aime pas écouter trop longtemps la même chose et ne suis pas fanatique de groupes en particulier. J'aime trop varier mes écoutes en fonction des jours, des périodes, des humeurs.
Et citer des bassistes ?
Pino Palatino (Elton John, Paul Young, John Mayer, D’Angelo), Flea (Red Hot Chili Peppers), Rocco Prestia (Tower of power), Joe Dart (Vulfpeck), Tal Wilkenfeld (Jeff Beck, Herbie Hancock), Gail Ann Dorsey (David Bowie),Victor Wooten (Bela fleck), Jaco Pastorius, Marcello Giuliani (Erik Truffaz, Rodolphe Burger), Freddy Simbolotti (Raoul Petite, IAM.... et que j’ai eu la grande chance d’avoir comme prof)...

Je t’ai vu la première fois en 2010 jouer dans une des groupes de Fred Tillard, le fondateur de Raoul Petite, comment s’est fait cette connexion avec la scène Lubéronaise ?
J'ai rencontré l'excellent batteur Philippe Liardet et nous avons monté un groupe de reprises funk/pop/rock qui s'appelle Kashmir et qui existe toujours. Fabien Cartalade (fabuleux tromboniste qui a joué entre autre avec Raoul Petite) a vu le groupe en concert et nous a contacté Philippe et moi pour nous proposer de jouer sur quelques-uns de ses morceaux, c'est ainsi que j'ai rencontré le génial Fred Tillard et de là est né Fritz Kartofel avec Elodie Bianchini, Fabien, Fred, Philippe et moi (c'était les compos de Fabien à l'époque). C'est le début de l'aventure !!
Environ 4 ans après Fabien et Elodie ont quitté le groupe et nous avons donné une seconde vie à Fritz, avec des compos plus rock et Cyrus Otho-Briggs au chant. Fred, Philippe et moi avons répétés, composés ensemble pendant des heures et des années et ces moments ont été particulièrement importants pour moi.
En même temps que Fritz Kartofel II, Philippe et moi avons également rejoint Tara Allaway, Fred Tillard et David Ladu pour l'aventure Free Beans (blues agricole). Cela a été un vrai plaisir de jouer avec ces deux groupes pendant 10/15 ans. J'ai eu beaucoup de chance de croiser sur mon chemin toutes ces personnes que j'adore.
Quel est ton parcours depuis ?
J'ai joué un peu avec Raoul Petite en remplacement de Freddy Simbolotti, pendant qu'il tournait avec IAM. J'ai joué dans d'autres formations à droite à gauche, en compos et reprises... Suite à ma rencontre avec le grand réalisateur et musicien Christophe Van Huffel, j'ai fait régulièrement des séances studio chez lui (chez nous) pour divers projets, notamment pour le chanteur Christophe dont à suivi une jolie tournée sur 2 ans avec encore une équipe terrible de musiciens hyper sympa en plus (très belle expérience). Actuellement je joue dans deux groupes de reprises, toujours avec Kashmir, l'incroyable chanteuse Irene Porcu (Raoul Petite) et Fred Tillard ont rejoint le groupe. Tara et moi avons créé il y a quelques années "Mrs Philips" reprises folk/pop/rock à notre sauce, influencé par l'univers british de Tara, et jouons beaucoup dans la région avec Philippe à la batterie (évidemment). Enfin, depuis environ 2 ans un nouveau groupe de compositions est en cours de développement, il s'appelle Shelton.
Tu joues dans de nombreuses formations, est-ce le meilleur moyen de vivre de la musique – ou/et - Est-ce aussi par choix de varier les styles, les répertoires ?
Oui les deux !

Si on prend les plus médiatisés, sur scène tu as joué dans Raoul Petite, accompagné Christophe, j’en oublie certainement, quels sont tes meilleurs souvenirs où anecdotes ?
Avec Christophe, six concerts dans la salle Pleyel à Paris, pleine chaque soir, je n'ai jamais ressenti une émotion aussi forte. Et sinon mes meilleurs souvenirs de concert avec Fritz, Free Beans ou Raoul sont quand les gens sont déchaînés et te transmettent une énergie que tu n'imaginais pas avoir, c'est presque comme être en transe ! J'adore !!
J’ai longtemps pensé que tu étais une instrumentiste seulement, mais non seulement il t’arrive de chanter, de faire les choeurs (bien entendu) mais tu composes également ?
Je ne compose pas de morceaux dans leur intégralité, j'ai besoin des autres pour l’aboutissement, je n’ai pas vraiment d’idée de mélodies de chant par exemple mais je propose régulièrement des lignes de basse qui aboutissent parfois sur des morceaux.
Par ailleurs je me suis toujours très impliquée dans la création, que ce soit avec Fritz Kartofel, Free Beans ou maintenant Shelton. J’aime travailler "à l'ancienne", répéter avec le groupe, trouver des idées en jouant ensemble, faire tourner des plans en boucle jusqu’à ce que quelque chose en ressorte. Chacun apporte sa touche personnelle et c’est ce qui donne la couleur et le côté inattendu d’un groupe.
N’est-ce pas compliqué de partager sa vie avec un autre artiste musicien (Chris Van Huffel) ?
Non, pas du tout, c’est même plus simple, on se comprend. Il fait appel à moi pour des basses et lui fait le son pour mes groupes.

Sur scène par contre, on peut dire que ta présence est de suite perceptible, avec un jeu de jambes, l’utilisation de ton corps, une énergie débordante. Tu as un jeu très physique et ce n’est pas le cas tous les bassistes !
Ça s'est fait comme ça sans calcul, c'est comme ça que je me sens bien pour jouer mais c’est probablement une réaction physique dû au fait que j’ai eu la chance de toujours jouer avec des batteurs incroyables qui m’ont transportée. Et dans un nouveau groupe ma question est toujours « Qui va être le batteur ? » !
Nous ne sommes pas dans Guitare et Claviers, mais côté instruments, matériel, quel est ton parc de matos ?
Basse Fender... Jazz bass, Précision, Mustang... j'ai des amplis et baffles TC électronique que j'adore mais Je ne les utilise pas avec Shelton, c'est trop léger !! Non je plaisante, mais avec Shelton il y a une grosse recherche de son et il me fallait plus de chaleur et de grain, j'ai donc un ampli à lampes et un énorme baffle.

Fais-tu des session studio ?
Non je ne suis pas une musicienne de studio, mais je l’ai fait avec Christophe (album Les Vestiges du Chaos, en 2016 - ndr) et aussi beaucoup pour les différents artistes de Christophe Van Huffel (en tant que producteur, ndr). Et aussi pour des sessions à l’historique château d’Hérouville pour des titres perso de David Chevé alors que nous n’avions pas encore monté Shelton, avec Matthieu Rabaté à la batterie, (le titre Petit Indien figurera finalement sur le 45t de Shelton).
C’est après avoir travaillé ensemble que nous nous sommes trouvé des affinités musicales et affectives et que le projet est devenu un groupe.
Sur Shelton, peux-tu nous en dire plus ?
C'est un groupe de Rock, influencé en grande partie par le post rock. Ce sont à la base les compositions de David Chevé. Christophe Van Huffel est à la guitare et la réalisation, Tommy Rizzitelli à la batterie et machines, David Chevé chant, guitare et moi à la basse et aux choeurs, chacun d'entre nous apporte sa couleur, son univers, on travaille ensemble les morceaux dans un super studio de répétition à Valence. C'est une belle histoire qui démarre, avant tout d'amitié et une grande envie de jouer tous ensemble, de partir en tournée.
A propos de Shelton, un album est prêt, enregistré dans différents studios, dont le Faust Studio à Prague, là ou Killing Joke, Gary Lucas, McCartney et beaucoup d’autres ont séjourné. Produit et mixé par Christophe Van Huffel dans son antre, le 7 Love Studio. Nous en reparlerons très vite ici en cette année 2026.

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