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Hoboken Division // Psycholove


©Thibault Périsse

Mixant puissance mélodique au pouvoir hypnotique et chant incarné, Hoboken Division brouille les pistes d’un amour aux sensations impeccablement maîtrisée nommée Psycholove. Sur l’ensemble des morceaux de ce nouvel opus, le combo prouve qu’il sait aussi sortir de sa zone de confort en allant titiller un punk blues couplé à des sonorités plus instinctives. L’aspect savoureux prend corps avec un peu plus de profondeur lorsque le coté mélancolique, riche de sens, touche l’être sensible qui sommeille en nous, point fort d’un disque intense explorant cette palette si vaste comme autant d’étapes rugueuses ou heureuses, qui jalonnent l’ADN d’un capital rock sans doute génétique.


Pouvez-vous nous donner quelques points de repère sur le parcours de Hoboken Division ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Marie : on s’est rencontrés en 2011, Mathieu et moi, au travers d’une amie commune. Mathieu cherchait une voix féminine pour travailler sur du Velvet Underground, et moi je venais de revenir en France et d’enregistrer un morceau pour un documentaire. On a rapidement composé un premier EP, puis tourné. Le premier LP Arts & Crafts est sorti en 2015, le batteur Czmil nous a rejoint à partir de là. Puis on a fait The Mesmerizing Mix up of the Diligent John Henry en 2017. On a aussi sorti deux 45t, A Night Out et Cookies and Milk, en 2013 et 2019.

Mathieu: On a pas mal travaillé sur des reprises qui nous faisaient envie au début, puis une amie qui travaillait dans l'événementiel nous a proposé de jouer lors d'un concert organisé par sa boite mais à condition de n'avoir que des morceaux originaux. Finalement, nous n'avons pas fait ce concert, mais on avait déjà composé beaucoup de morceaux, c'est à ce moment-là qu'on s'est vraiment lancés.


Vous avez déjà trois albums à votre actif dont le dernier vient de sortir le 14 février Psycholove. Comment définissez-vous votre envie de faire de la musique ensemble ?

Marie : On voulait la même chose dès le départ. Composer des bons morceaux qui nous ressemblent, faire le plus de concerts possible, partager notre musique, et rester honnête sur ce qu’on est et ce qu’on défend : l’indépendance, l’underground, le réseau alternatif... ça ne veut pas dire rester dans les caves, mais faire le moins de concessions possible face au business de la musique.

Mathieu : Je dois dire que je suis épaté par les talents de Marie ! Tant au niveau technique que dans la composition de ses lignes de chant et la qualité de ses textes. On est sur la même longueur d'ondes, mais chacun apporte son lot d'influences. Ce qui amène une vraie combinaison des genres. Et surtout, comme le dit Marie, on partage les mêmes valeurs quant au développement du groupe. En gros, c'est pas demain la veille qu'on nous verra dans des télés crochets. Pour nous, la musique se joue en live et il faut aller chercher le public !


Du point de vue artistique, par rapport à vos précédents opus Psycholove propose une couleur musicale différente. Quels étaient les postulats créatifs ou les influences qui vous ont guidé ?

Marie : On a tout ouvert ! Après deux albums, on se sentait un peu coincés dans la composition. Dans nos réflexes de composition, sur comment on imaginait un public réagir, comment on les sentirait sur scène… on a décidé de tout faire sauter et d’aller au bout de toutes nos idées. On est allés en studio en étant moins dans le contrôle, on s’est laissé des plages de liberté, avant on y allait en sachant à la note près ce qu’on allait enregistrer. Ça a donné des belles surprises, et des vrais challenges aussi.

Mathieu: Sur chaque album, j'essaie à chaque fois de me donner quelques grandes orientations pour avoir une idée du contenu global du disque. Et pour celui-ci qui a été fortement impacté par toute la période covid/confinement, c'était un peu plus compliqué ! On avait des morceaux qu'on voulait avoir sur le disque qui dataient déjà de 2019 que nous n'avons pu enregistrer qu'en mi-2020 et fin 2021. Du coup, avec tous ceux composés entre-temps, la démarche a plutôt été d'en enregistrer un maximum et faire le choix par la suite.



Avec qui avez-vous travaillé pour l'enregistrer ?

Marie : Depuis 2015 et Arts & Crafts on travaille avec Lo Spider, au studio Swampland à Toulouse. Psycholove n’a pas dérogé à la tradition. On commence à très bien se connaître, et Lo prend une place primordiale dans le travail maintenant. L’album n’est pas finalisé avant d’être passé par lui, il joue certaines parties sur le rec... Il sait aussi nous pousser bien plus loin que ce qu’on pourrait imaginer en arrivant, c’est une relation à chaque fois plus intéressante et prolifique.

Mathieu : Dès le 1er album et après plusieurs expériences en studio, on voulait un son très typé garage et surtout adopter une démarche live pour l'enregistrement. C'est-à-dire que tout est joué en "live " sur bande analogique, ce qui interdit toute sorte d'édition des pistes comme on pourrait le faire avec du numérique. En plus, Lo ne veut utiliser qu'une seule bande. En gros, il ne veut pas avoir plusieurs versions d'un même morceau. Ça amène une espèce d'urgence. Par exemple, si lors d'une prise il y a des accidents mais que l'ensemble nous semble bien senti et qu'on se dit qu'on ne pourra pas faire mieux, eh bien, ça restera figé.

Marie : Ça place l'enregistrement d'un album dans une démarche qui fait sens pour nous. Un moment T, avec ses beautés, ses tensions, ses fiertés, ses doutes. 


Plusieurs de vos morceaux déclenchent une envie presque irrésistible de danser, je pense à Jackie ou encore Fool Moon, mais aussi aux dernières notes de It Ain't Moving. Alors que d’autres invitent plus à la méditation, comme Legion ou Home. Mélanger ainsi les ambiances était-ce une volonté dès le départ ?

Marie : Ça rejoint le fait de lever toutes les barrières pour composer. Oser les vrais moment calmes en particulier, et ne pas se restreindre parce que c’est pas assez garage pour l’étiquette qu’on aurait pu avoir. Ça fait une nouvelle place à la voix et au texte. Et pour les morceaux qui donnent envie de danser, ça a toujours été un kiff personnel de jouer des morceaux comme ça ! Je n’ai qu’une hâte c’est de retourner sur scène et de les vivre avec un public

Mathieu : Pour les morceaux dansants, je suis un très grand fan du delta blues façon Fred McDowell ou RL Burnside (et je joue aussi en Open tuning). Ça se rapproche d'une transe. J'aime me dire qu'on tente d'approcher cette transe avec des morceaux qui combinent plein d'influences, du psyché au Krautrock en passant par le punk blues, tout en les jouant à la manière des vieux bluesmen. Les morceaux plus calmes n'étaient pas une volonté dès le départ, mais ils se sont imposés par eux-même. Dans le cas de Legion par exemple, le tempo était bien plus élevé quand on est arrivés en studio, et c'est Lo Spider qui nous a convaincu d'en faire un morceau bas tempo comme une ballade ou un même un slow. C'est toujours intéressant d'échanger avec Lo car comme on commence à bien se connaître, on s'autorise plus de choses qu'on envisagerait pas avec une personne qu'on viendrait de rencontrer.


Parlons de l'œuvre de Jean-Luc Navette qui illustre votre album. Quel en est l'origine ?

Marie : On a eu beaucoup de chance, Jean-Luc est un ami de Médé, patron des Disques de la Face Cachée, notre label. Quand on avait fini le rec du premier album, il nous avait dit l’air de rien « si vous n’avez pas d’idée pour la pochette, j’ai un pote qui dessine ». Quand on a vu son travail, on a évidemment immédiatement validé l’idée. Depuis, à chaque album il nous suit, on en est hyper fiers. C’est passionnant de bosser avec lui aussi, parce qu’il crée vraiment tout un scénario autour de ce que l’album lui inspire, puis il l’illustre. A chaque fois ça nous offre un nouvel angle sur nos propres morceaux, une nouvelle perception. Et à chaque fois c’est magnifique, évidemment.

Mathieu : Jean-Luc est devenu un ami avec qui on échange beaucoup autour du blues et des galères qu'on rencontre tous les deux en tant qu'artiste. C'est très enrichissant et réconfortant de parler avec lui !


Stéphane Perraux



Psycholove (Les disques de la face cachée) 14 février 2024




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