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BRACCO // Dromonia

Dernière mise à jour : 1 janv.


Bracco, duo parisien formé en 2018 se compose de Baptiste Cataudella au chant/guitare et Loren Martin, aux synthétiseurs/percussions et effets sonores électroniques. Après un premier album titré Grave, publié en 2019 sur l’excellent label parisien Le Turc Mécanique, voici le deuxième long format, Dromonia publié sur le label Born Bad qu’on ne présente plus. A noter que le duo a ouvert le bal pour l’une des soirées des 20 ans du groupe Frustration à La Maroquinerie le 12 novembre 2022. Ce nouvel album au son électro indus, teinté d’Hacienda Madchester Party, tourne en rotation sur la platine disque, c’est le moment de faire connaissance avec Baptiste et Loren.


Pouvez-vous nous raconter votre parcours musical avant la création de Bracco ?

Baptiste Cataudella : Je me suis mis à la musique assez tard, vers mes 18 ans. J'ai eu plein de petits groupes, celui qui est resté s'appelait Los VV's (NDLR : le groupe a publié deux cassettes entre 2015 et 2017). C'était la grande mode du garage, comme tous les 5 ans, ah ah. On jouait beaucoup, surtout à Paris. A la Mécanique Ondulatoire, qui était notre refuge, ou bien à l’Olympic Café, le Klub, à l'espace B, toutes ces salles qui nous manquent tant aujourd’hui.

C'était l’esprit « musique et copains », je faisais de la musique avec mes amis en fait, c'était plus romantique, c'était une scène musicale très dynamique, une époque révolue que je regarde avec beaucoup de tendresse.

Loren Martin : J’ai commencé la musique au fond de la diagonale du vide, mais par chance on était nourri niveau musique expérimentale et noise. Je me rappelle à 16 ans avec mon groupe OK Channel, qui m’a accompagné jusqu’à 23 ans, on écoutait et on avait vu Alva Noto, Pan Sonic, mais aussi Radiohead et Björk. Après on est venu à Paris parce que je me voyais pas aller ailleurs et là j’ai kiffé. Les autres un peu moins et on a splitté quelques temps après.


Par quel biais vous êtes-vous rencontrés ? Qu’est-ce qui vous a motivé à créer le duo Bracco ?

Baptiste : On bossait dans le même bar à Paris. Loren est venu me voir jouer avec Los VV's et ensuite il m'a proposé qu'on joue ensemble. Au début c'était avec un autre pote, Jules, juste histoire de s'occuper. Puis on a continué à deux et c'est devenu un peu plus sérieux. On était au chômage tous les deux, on avait bien que ça à faire.

Loren : J’avais envie de refaire de la musique. Ce que faisait Baptiste me semblait bien coller avec ce que je voulais faire : un truc autoroute qui trace sans réfléchir.


Quelle est l’alchimie qu’il y a entre vous pour porter au mieux le projet Bracco ?

Loren : L’alchimie d’un vieux couple. Non, je dirais plutôt celle de deux complices. Je compare ça au foot, pas besoin de se parler ou d’expliquer ce que l’autre veut faire, on se comprend de manière intuitive. Je pense que ça se voit en live.


Le choix du nom Bracco a-t-il un lien avec le mot « braquage » ?

Baptiste : Du tout, c'est le nom de famille du grand habitué du bar où Loren et moi nous sommes rencontrés. Ça signifie « chien de chasse » en italien. Mais surtout, ce personnage, car c'est un personnage qui est tellement percutant et attachant, a tout du contre-héros, écorché, trop sensible ou brillant pour être dans les clous et accéder au bonheur facile. Ça colle à notre musique.


Baptiste, ton ancien groupe, Los VV’s était dans un style rock, garage punk. Qu’est ce qui t’a porté vers une musique électro indus, avec la rythmique des synthés au premier plan ?

Baptiste : Ça reste dans le même monde en vrai, le pont n'est pas énorme. Je n'avais pas eu l'occasion de trop explorer tout musicalement, entouré de rockers. Surtout, pour faire simple, Loren était dans un groupe de pop (OK Channel ), moi j'étais dans le délire garage. C'était donc une manière pour nous deux de se retrouver sur un truc commun, d'essayer quelque chose de nouveau. On adorait Dirty Beaches, Suicide, ça nous a réuni sur de l'électronique et l'attrait pour des trucs expérimentaux. On était curieux et on n’avait jamais trop bossé avec des machines. Désormais c'est beaucoup plus dans nos cerveaux tout ça, fini les power-chords à tout va.


En 2019, vous publiez Grave, votre premier album. Là, vous venez de publier votre deuxième, titré Dromonia. Comment voyez-vous l’évolution de votre style musical entre ces deux albums ?

Baptiste : Le premier album était un disque punk, live, un album de retranscription. Là, on s'est attelé à vraiment produire la chose. Donc forcément ça sonne différemment. En matière de style ce n'est pas si éloigné, peut être plus précis et varié, et surtout plus référencé. Un album de salon.

Loren : Je ne sais pas trop comment parler de cette évolution. On suit assez notre intuition. On voulait faire les choses différemment du premier album. Le Covid nous a aussi aidés, notre humeur était différente.


Dans quel état d’esprit avez-vous abordé la composition de Dromonia ? Aviez-vous un fil rouge pour le contenu de l’album ? Est-ce qu'avant d’entrer en studio vos morceaux étaient terminés, ou au contraire, le travail en studio a-t-il une part importante dans la composition de vos morceaux ?

Baptiste : Avant l'entrée en studio, on avait déjà pas mal avancé, suivant les conseils de JB (NDLR : Boss du label Born Bad) ou bien de Marc Portheau qui a réalisé le disque (NDLR : il a également produit l’album Vacuum Sealed des Bryan’s Magic Tears). On avait tout pré-prodé. Mais le plus agréable fut que malgré tout ce travail en amont, beaucoup de choses ont été faites en studio, décidées ou bien composées ou arrangées. C'était une volonté de Marc, on était vraiment installé au milieu de beaucoup de matos pendant cinq jours. Benjamin Dupont est passé par là, Paul Rannaud aussi. C'était hyper grisant et cool comme semaine de studio. Des morceaux qui devaient être mis de côté ont été refait sur place, on trouvait plein de nouvelles idées, c'était franchement super.

Loren : On a commencé la composition de Dromonia dès les premières semaines de confinement. Le fil rouge, c’était quelque chose de plus “narratif ”, plus indus, de nouvelles textures. Une nouvelle palette sonore.


Dans les titres des nouveaux morceaux, il y a Carter et The Fall. Sachant que vous êtes fan de Throbbing Gristle, est-ce que Carter est un clin d’œil à Chris Carter ? Quand à The Fall, y-a t-il un lien avec le groupe de Mark E. Smith ? En tant que fan de TG, que représente pour vous la musique industrielle et T.G. ?

Baptiste : Pour Carter, oui c'est tout à fait une référence à Chris Carter, je voulais même que les paroles colle à lui et à Cosey Fanni Tutti, raconter un truc sur eux, mais finalement j'ai écrit autre chose. Pour The Fall, rien à voir avec Mark E Smith, " The fall is happening ...”, juste ça. T.G, Psychic T.V, Nurse With Wound c'est le ciel et la terre, il n'y a rien avant et après eux. Surtout ma petite amie est hyper fan de tous ces groupes aussi, ça nous lie. J'ai un truc hyper affectif avec les Genesis P-Orridge, Lady Jaye, Cosey Fanni Tutti, Chris Carter.

Loren : La musique industrielle est encore d’actualité, des sons rugueux à la limite d’une musique concrète mais qui n’ont plus à justifier leur musicalité. Ça me parle aussi. Je n’aime pas trop les débats. Au final quoi que tu fasses, il y a toujours un débat, pas besoin d’aller le chercher. La référence indus permet de nous inscrire dans une continuité et de grincer.


Vous êtes en résidence dans un lieu unique à Paris, La Station Gare des Mines. Est-ce que ce lieu a un impact sur la couleur, la construction de vos morceaux ?

Baptiste : Les deux entités se sont créées à la même époque environ, et j'ai vu cet historique projet se construire de près. Je les connaissais d'avant, une amie très chère, Luce y a eu un rôle important pendant longtemps, donc j'ai énormément d'affection pour ce lieu et les gens qui le font vivre. Faire tout ça, aider tous ces artistes, apporter autant à la ville de Paris et autour en matière de culture c'est rare. T'as un projet, t'es motivé, ils t'aideront toujours, ils seront toujours attentifs. C'est plus qu'un simple "accompagnement d'artistes ", donc oui c'est une grande influence pour nous comme nous pour eux. C'est un cercle vertueux, on se nourrit tous les uns les autres. Après les autres groupes résidents (NDLR : Meryll Ampe, Brut Pop, Sonia Saroya, Bryan’s Magic Tears, Nathan Roche, Heimat…), c’est pareil, c'est plein de vieux potes, ou connaissances, on est tous dans la même barque ballante et c’est tout à fait agréable.

Loren : Oui clairement ça nous a nourris. On était déjà en résonance avec le lieu. Sur l’album, on a fait deux feat avec des résidents de la Station, Claire Dance et BMT, donc oui ça se sent dans le disque. Après, j’habite à Bruxelles, donc là aussi c’est assez dynamique. Il n’y a pas d’usine à gaz comme la Station mais c’est un foisonnement d’énergies là-bas également.

Baptiste : Claire Dance et BMT sont des bons copains. A la base mon bro, c'est Medhy Briant, guitariste dans Bryan's Magic Tears qui construit des châteaux en Espagne. Que des gens super, Benjamin Dupont (NDLR : Leader du BMT) un amour, on lui donnerait le bon dieu sans confession. Surtout ce sont tous des musiciennes et musiciens très très doués. Et puis il y a Marc, avec eux depuis le début aussi, qui fait partie intégrante du groupe, c'est leur ingé et leur prod, c'est un putain de pote et le mec qui a tout changé sur notre album.


J’aime beaucoup votre morceau Epiphany qui ouvre votre nouvel album. On y sent une influence, atmosphère 88-90’s Madchester/Hacienda, rave party. Est-ce une période musicale qui vous parle, qui est aussi liée à l’extasy ?

Baptiste : Ça n'est pas plus que ça une référence pour nous. Loren vient de la pop, moi du punk, c'est un grand écart, ce qui est plutôt une bonne chose car on fait juste de la musique qui nous plait, sans trop avoir un but esthétique ultra précis et référencé. Alors forcément Stone Roses, Happy Mondays ça me parle et le club Hacienda aussi, mais ce n'était pas une référence sur l'instant, je ne sais même pas si on est plus nihiliste ou hédoniste, ah ah. Après l'extasy je suis hyper fan dans tous les cas.




Il y a certes votre musique sur disque ou sur des plateformes, mais Bracco c’est aussi la scène. Baptiste, tel un chanteur de Hardcore (Henry Rollins, Ian Mc Kay de Fugazi, David Yow de Jesus Lizard), tu te mets à nu sur scène, tu lâches prise, tu ne fais pas semblant, bref tu es une bête de scène. Peux-tu nous dire ce qui se passe dans ta tête quand tu te retrouves sur scène face au public ?

Baptiste : Effectivement on est totalement un groupe de live, le coté transe de notre musique existe via le live. On compose en live à la base, d'où la nouveauté sur cet album, être posé, devant nos instruments en réfléchissant. Pour le coté performance, avant tout il y a l'aspect sexuel dans la musique live, la musique transe, ou en tout cas dans notre musique que je sens très fort quand on joue. C'est aussi très cathartique quand je chante, sans trop savoir pourquoi, cela me fait sortir énormément de sentiments, de tristesse, de haine. La perte d'un proche par exemple et la peine que je ressens ne peuvent sortir qu'à cet instant (NDLR : Dromonia est dédié à la mémoire de sa mère Régine Cataudella), c'est un canal d'expression assez fort, tout ce son. Cela m'est arrivé de presque pleurer sur scène, sans trop savoir pourquoi. Peu importe les mots que je cris, cela me fait venir tellement d'images fortes en tête. Il y a une mise à nue qui ne peut se produire qu’à cet instant, et littéralement je ne suis pas trop habillé. Et ce n'est pas juste qu'il fait très chaud sur scène, même si je suis trempé plutôt rapidement. Aussi, le fait que dès l'enfance j'ai été chauve ou physiquement bizarre dira-t-on, j'ai dû supporter pas mal de trucs casse couille liée à ça, en mode Freak, le coté enfant malade, donc inconsciemment j'ai besoin d'apparaitre tel que je suis. C'est peut être aussi une manière de m'affirmer et dire "je t'emmerde ". Mais enfin, c'est quand même fatigant toutes ces contorsions sur scène.

Loren : J’ai une préférence pour le live, mais justement on a essayé sur cet album d’avoir un enregistrement vraiment différent du live parce qu’au final on ne tire pas les mêmes choses des deux.


Le visuel de la pochette de Dromonia est réalisé par Jesse Kanda. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le choix de cet artiste, et ce que représente pour vous ce corps désarticulé sur fond rouge ?

Baptiste : Cette pochette illustre hyper bien le groupe et ce qui se passe en live. C'est également et avant tout une très belle œuvre et l'on voulait trouver quelque chose d'un peu différent esthétiquement. C'est un artiste hyper reconnu et hyper talentueux, et ça nous a tout de suite plut de manière unanime. JB a adoré aussi donc c'était tout trouvé.

Loren : J’ai découvert Jesse Kanda avec les clips et visuels d’Arca à l’époque où elle n’apparaissait pas encore. J’adorais. J’avais proposé des visuels à Baptiste pour le premier album mais c’était vraiment inaccessible. Là on voulait une esthétique numérique/3D pour cet album. En cherchant, cette image nous a vraiment sautés aux yeux. Elle fusionne parfaitement avec l’univers de l’album. Ce qui est dur avec la 3D c’est que ça fait souvent trop électronique, là le fond rouge ramène quelque chose de chaud, le personnage au contraire c’est le “sacre de l’hiver ”.


Votre premier album a été publié sur le label Le Turc Mécanique et le deuxième album sur Born Bad. Pourquoi avez-vous changé de label ?

Baptiste : On a changé de label, car le ciel nous en donné la possibilité. Personnellement j'ai grandi en banlieue parisienne, je me pointais étant jeune à la boutique Born Bad, pour des disques ou plus anciennement des chemises Ben Sherman. Et ce label, comme d'autres, a contribué à ma construction musicale, même de jeune homme C'est un retour à l'envoyeur en bon et due forme. Surtout ça reste le label majeur en France, dans notre monde, donc forcément si on avait la possibilité c'était avec grand plaisir.

Loren : Parce qu’on adore Hollywood et les grosses prod et qu’on voulait se payer un van Mercedes pour les tournées.


S’il y un message à faire passer à nos lecteurs, c’est ici !

Baptiste : Aimez votre prochain mais pas trop fort, ça peut être risqué.

Loren : Achetez nos disques et venez nous voir en concert (on le dit jamais alors pour une fois…)


Paskal Larsen




Dromonia (Born Bad Records/L’Autre Distribution) 2022



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