BLUEBOY // BLUE, BLUE, ELECTRIC BLUE
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LE LABEL BORDELAIS AQUAVINYLE RENAÎT DE SES CENDRES ET NOUS OFFRE LE FLAMBOYANT JIMMY POUR FÊTER SON RETOUR - POUR UN BEAU CADEAU, C’EST UN BEAU CADEAU.
1994 – une autre époque. Internet commence à peine à pénétrer certains foyers, le Real Madrid n’a encore que 6 Champion’s Leagues à son actif et 3 Beatles sur 4 sont toujours de ce monde – d’où l’affectueux sobriquet de The Threetles dont ils sont affublés. C’est également l’année où Blueboy entreprennent une petite tournée française avec leurs camarades de label Northern Picture Library et Harvey Williams – qui ouvre les soirées avec un set en solitaire avant de rejoindre la formation de Reading à la deuxième guitare. La joyeuse troupe fait notamment halte à Bordeaux – pour une soirée au Jimmy qui donnera 32 années plus tard son titre au disque qui nous occupe aujourd’hui - puis à Toulouse – dont 3 chansons issues du set sont gravées sur le Bikini ep qui marquera l’acte de naissance du label Bordelais Aquavinyle – lequel ressuscite aujourd’hui afin de nous offrir cet épatant document. Une boucle se voit ainsi magnifiquement bouclée. Blueboy en ces temps reculés viennent de publier Unisex, deuxième long-jeu régulièrement tourneboulant sur lequel on trouve notamment l’incroyable Imipramine, sommet des sommets, leur Teenage Kicks à eux – rien de moins - et que l’on retrouve sur ce Jimmy gorgé de grâce et d’électricité, de guitares carillonnantes et de candeur. Hébergé par la bonne maison Sarah records, la formation Britannique dénote quelque peu parmi les autres résidents. Son flamboyant chanteur Keith Girdler - ardent militant pour les droits des homosexuels, grand romantique mais également polisson notoire - y chante certes la quête du grand amour mais également les drogues, la solitude et la sexualité – parlant tout à fait explicitement du fait d’être gay ou bisexuel et n’hésitant jamais à afficher son identité queer. Le frontman de Blueboy ne chante pas toujours forcément juste sur ce beau témoignage mais cela n’a absolument aucune espèce d’importance – ça joue serré et avec beaucoup d’âme. Les guitares sont belles et fougueuses – ça mouline à qui mieux mieux comme sur le remarquable Clear Skies introduit en français par Gemma Townley. Le set débute pourtant gentiment avec le délicat Boys Don’t Matter mais ne tarde pas à s’emballer et le quintet passe en revue, outre ses chansons récentes quelques-uns de ses premiers singles – les désormais classiques Popkiss, Clearer ou l’extraordinaire Meet Johnny Rave. Blueboy publieront ensuite The Bank of England en 1998 puis Keith Girdler décèdera en 2007 – le label Madrilène Siesta sortira d’ailleurs en 2008 la compilation Country Music – Songs For Keith Girdler en son hommage avec certains de nos favoris tels Louis Philippe, The Orchids ou encore Biff Bang Pow ! Contre toute attente, Paul Stewart et Gemma Townley décideront de remettre le couvert en 2024 avec 2 singles puis A Life In Numbers l’année suivante, album paru uniquement en format digital et en cassette pour le moment et sur lequel nous reviendrons ici-même dans quelques mois.
"La tournée française a été une période très intense pour nous se remémore Paul Stewart. En tant que groupe de scène, nous étions sans doute à notre apogée lors de cette tournée et nous avions perfectionné nos concerts au point qu’ils pouvaient être assez explosifs. Tout cela, combiné à l’enthousiasme et au dévouement des fans français, est capturé dans ces enregistrements et nous rappelle de nombreux souvenirs émouvants.’ ‘Je pense que nous avons tous un lien particulier avec la France, chacun à notre manière confirme Gemma Townley. La tournée y a beaucoup contribué : Keith et Paul ont écrit Toulouse après y avoir passé une journée extraordinaire, et d’une manière ou d’une autre, des éléments français se sont toujours glissés dans nos chansons - Air France par exemple et bien sûr, plus récemment, Deux. Nous avons de très bons amis en France et c’est toujours un moment spécial d’y aller."
Avec le Live At The Water Rats publié l’an passé et qui voyait Blueboy fêter le trentième anniversaire de Unisex sur scène, nous aurons donc eu droit à deux disques en concert presque coup sur coup – un bon aperçu de l’évolution de la petite troupe.
"Le concert au Water Rats en 2024 était en effet un spectacle anniversaire spécial marquant les 30 ans de la sortie de notre album le plus acclamé par la critique, Unisex appuie Paul Stewart. C'était un spectacle rétrospectif qui comprenait des chansons du passé et des morceaux plus récents, ce qui permettait à ceux qui ne nous avaient jamais vus de se faire une idée de ce à quoi nous ressemblons aujourd'hui. L'album que sort Aquavinyle est une relique issue des archives - nous ne savions pas que Thomas Guerlach avait accès à davantage d'enregistrements. Nous avons donc sauté sur l'occasion pour qu'il le sorte en complément du Bikini e.p. Le timing n'était qu'une coïncidence, mais comme ces deux albums sont séparés par 30 ans, ils servent en quelque sorte de repères de notre son live."
Thomas Guerlach, l’éminence grise derrière le label Aquavinyle, revient sur la genèse du projet – qui pourrait bien connaître une suite.
"J'ai mis fin à mon label en 2007 et après quasiment 20 ans de pause, l'idée de reprendre du service me titillait l'esprit mais le courage me manquait un peu... cependant lorsque j'ai appris que Blueboy se reformaient, j'y ai vu un signe du destin ! En effet mon premier label - Aquavinyle records – créé en 1995 alors que j'étais encore étudiant, était né de manière fortuite à l'occasion d'une improbable opportunité de sortir un 45 tours de Blueboy, comprenant 3 titres live enregistrés à Toulouse l'année précédente. C'est ainsi qu'il y a 6 mois, j'ai eu l'idée de proposer à Paul de sortir un album du concert intégral. On ne sait pas vraiment qui possède l'enregistrement du concert de Toulouse, en revanche l'ingénieur du son qui avait officié lors de la date à Bordeaux m'avait à l'époque donné une copie de l'enregistrement effectué depuis la table de mixage. J'ai donc en ma possession, depuis plus de 30 ans, cet enregistrement que je garde précieusement et nous avons donc décidé de déterrer ce trésor pour le partager avec les fans du groupe. Pour la petite histoire, l'ingénieur du son de l'époque est toujours en activité et c'est donc naturellement vers lui que je me suis tourné pour réaliser le mastering ! Mon rapport avec Blueboy est très intime et assez irrationnel : c'est un groupe que j'ai découvert en 1993 et que j'ai immédiatement aimé - en 1994 je les voyais en concert et tombais en totale adoration puis en 1995, j'écrivais au groupe pour les interviewer pour mon fanzine et Keith me proposait alors de sortir un 45 tours live du groupe ! Je n'aime pas trop cette expression - souvent utilisée de manière abusive - mais là on peut littéralement dire que Blueboy ont changé ma vie de simple étudiant fan de musique pop en étudiant ‘patron’ de label ! Autant te dire que mes études ne furent pas brillantes... Il est encore un peu trop tôt pour parler d'autres projets mais l'idée est bel et bien de sortir d'autres disques... et, puisque l'on ne peut visiblement rien te cacher, des discussions avec Paul et Gemma pour sortir leur nouvel album A Life In Numbers ont effectivement été entamées, autour d'un verre, lors d'un récent séjour à Londres ! "
Croisons les doigts et replongeons en attendant tête la première dans ce formidable bain de jouvence !

BLUEBOY Jimmy (Aquavinyle, 2026)
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