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Television // Marquee Moon

Pochette illustrée par une photo de Robert Mapplethorpe
Pochette illustrée par une photo de Robert Mapplethorpe

Xavier Martin décrypte le miracle Television

par Viviane Morrison


Le livre Marquee Moon de Xavier Martin sorti chez Discogonie raconte l’histoire fulgurante d’un groupe et de son album éponyme qui, en l’espace de quatre années seulement (1974-1978), a révolutionné le rock. À l’heure où la scène punk prônait un retour aux fondamentaux – des titres bruts de deux minutes comme les Ramones –, Television a réinventé l’usage de la guitare et du solo, ouvrant une voie inédite.

 


Une affiche d’un des premiers concerts de Television avec Patti Smith au Max Kansas City en 1974
Une affiche d’un des premiers concerts de Television avec Patti Smith au Max Kansas City en 1974

Mais la singularité du groupe ne réside pas uniquement dans sa musique : elle doit tout autant à la poésie singulière des textes de son leader, Tom Verlaine. Cette effervescence littéraire n’était pas isolée. Dès l’été 1974, lors des premiers concerts de Television au Max’s Kansas City, une autre figure majeure émergeait dans le même sillon : Patti Smith. Le destin des deux artistes allait d’ailleurs se nouer durablement, partageant fréquemment l’affiche du mythique CBGB’s tout au long de l’année 1975, scellant ainsi l’alliance définitive entre rock et poésie.

 

À l’origine, Television est avant tout l’histoire de deux jeunes gens, unis par ce que Xavier Martin décrit comme un

« dégoût pour l’ordre établi et le cadre de vie aliénant qui leur est imposé ». Le groupe naît de la rencontre fortuite, au Delaware, de Thomas Miller et Richard Meyers, tous deux nés en 1949. Leur culture est un hybride explosif : d’un côté, le rock garage des sixties (13th Floor Elevators, Count Five, les Rolling Stones) ; de l’autre, la poésie française maudite (Verlaine, Rimbaud, Baudelaire).

 

Cette fusion se cristallise dans leurs nouveaux noms de scène : Thomas devient Tom Verlaine en hommage au poète, et Richard devient Richard Hell, référence directe à Une Saison en Enfer de Rimbaud.


L’ouvrage de Xavier Martin reconstitue patiemment les pièces de ce puzzle pour expliquer comment le chef-d’œuvre Marquee Moon a pu éclore dans le New York bouillonnant des années 70. Une scène alors en pleine effervescence, où cohabitaient des groupes aussi disparates qu’essentiels : Ramones, Talking Heads, Blondie, Suicide ou Dead Boys. L’auteur décrit avec brio l’excitation qui s’empare de ces deux amis d’enfance découvrant l’underground new-yorkais, de la Beat Generation à Andy Warhol. De cette émulation naissent d’abord les Neon Boys, un groupe encore empreint de leurs ambitions respectives (l’un musicien, l’autre écrivain). Mais c’est l’arrivée du second guitariste, Richard Lloyd, qui sera l’étincelle décisive. Son jeu transforme le rock encore basique des Neon Boys en la vision sonore complexe et aérienne de Television.



Quant au nom du groupe, c’est à Richard Hell que l’on le doit. Il imagine ce jeu de mots subtil : « Television » pour « Tell a Vision » (délivrer une vision), une manière de détourner un média qu’ils jugent tous intellectuellement pauvre pour en faire le vecteur de leur propre message. À partir de là, tout s’enchaîne à une vitesse fulgurante.

 

La montée en puissance du groupe passe par des résidences régulières au CBGB’s, parfois aux côtés du Patti Smith Group, et la rencontre avec leur premier manager, Terry Ork. Une démo de cinq titres est enregistrée avec Brian Eno, alors encore loin de sa renommée de producteur légendaire, mais fraîchement débarqué de Roxy Music. Pourtant, Tom Verlaine, dans un accès de perfectionnisme (et peut-être de mauvaise foi), rejette cet enregistrement, estimant qu’il sonne trop « groupes instrumentaux » à la manière des Ventures !

 

Au-delà de ces divergences esthétiques, le fossé se creuse entre Verlaine et Richard Hell. Les compositions de ce dernier, plus brutes, s’accordent mal avec la vision musicale de plus en plus sophistiquée que poursuit le leader. Il suffit de comparer le jeu de basse de Hell sur Venus  à celui de son remplaçant, Fred Smith, sur l’album final, pour comprendre l’enjeu : le style de Hell, bien que puissant, brisait la cohésion subtile qui s’opérait entre les guitares complémentaires de Verlaine et Richard Lloyd, et la rythmique aérienne de Billy Ficca.

https://www.youtube.com/watch?v=bCExJUI2CkA - (Venus, avec Richard Hell à la basse (Brian Eno demo 1975).

https://www.youtube.com/watch?v=dsOYZcP9o-4  - (Venus avec Fred Smith à la basse (version album 1977)

https://www.youtube.com/watch?v=C4r0-rYtqo0 - (Venus dans le loft de Terry Ork en 1974 avec Richard Hell.)



Dès avril 1975, Hell est remplacé par Fred Smith, ancien membre des premiers Blondie.

Ce changement s’avère décisif : Smith devient le pilier rythmique idéal, s’accordant à merveille avec la batterie de Ficca pour former une section rythmique d’une précision chirurgicale. Dans la foulée, le groupe enregistre son premier 45 tours, Little Johnny Jewel (dont les paroles « just trying to tell a vision » font écho au nom du groupe), produit par John Cale, qui sortait tout juste du travail sur Horses de Patti Smith.

 

Ce n’est qu’à l’été 1976 que Television signe enfin avec le label Elektra. Le groupe passe les mois suivants à peaufiner méticuleusement les morceaux qui composeront Marquee Moon, album mythique qui paraîtra le 8 février 1977, seulement un mois après Leave Home, le second opus des Ramones.

 

Comme pour chaque ouvrage de la collection Discogonie, la lecture des pages consacrées à l’album gagne à se faire en même temps que l’écoute. Xavier Martin y décortique ces infimes détails qui ont propulsé Marquee Moon dans le top 500 des meilleurs albums de tous les temps selon le magazine Rolling Stone.

 

Prenons l’exemple de Venus, l’une des plus anciennes compositions du groupe, déjà jouée au Max’s Kansas City en 1974 et qui avait convaincu Richard Lloyd de les rejoindre. L’auteur nous y révèle le secret du splendide solo de Verlaine après le deuxième refrain : une prouesse technique où la guitare imite la respiration d’un orgue. « Il monte et baisse le volume avec sa main droite tout en jouant », explique Martin, créant ainsi un effet de swell hypnotique. Et bien sûr, il y a ces paroles magnifiques évoquant la beauté médiévale de Broadway et les ombres de la drogue (« ses mains semblent être des gants »). Plus qu’une simple chanson, c’est une ode ambiguë à New York, où l’on ne sait plus si Verlaine chante la ville elle-même ou une amante platonique lorsqu’il déclare tomber « dans les bras de la Vénus de Milo ».




Xavier Martin met également en lumière l'héritage crucial des poètes symbolistes français de la fin du XIXe siècle — Verlaine, Rimbaud et leurs pairs — dont l'influence imprègne l'écriture de Tom Verlaine, toute entière vouée au ressenti émotionnel. Fidèle à cette tradition, Tom Verlaine s'est toujours défendu de fournir la moindre explication, préférant laisser l'auditeur libre de sa propre interprétation. C'est peut-être là le seul travers de l'ouvrage : Xavier Martin tombe parfois dans le piège qu'il dénonce, cherchant des significations mystiques ou bouddhistes là où le chanteur voulait sans doute laisser le mystère intact. Mais comment lui en vouloir face à une telle densité ?

 

Les férus de technique musicale trouveront également leur bonheur dans la multitude de détails disséminés au fil des pistes. L'auteur décrypte tout, de l'utilisation de la « double piste » chère à Richard Lloyd (réenregistrer une guitare par-dessus une prise existante pour créer un écho naturel) jusqu'aux accords et gammes spécifiques. Prenons l'exemple du titre Marquee Moon : Martin y décrit un « riff de deux notes, correspondant à des accords de si mineur sans quinte et de ré majeur amputé de sa tierce, joués par Verlaine en legato saccadé ».

https://www.youtube.com/watch?v=g4myghLPLZc  - Marquee Moon (version album, 1977).

https://www.youtube.com/watch?v=EY-6eujmKIs  - Marquee Moon (Live at My Father's Place, Roslyn, NY, 1978).


C'est là tout le génie de Tom Verlaine et de Television : avoir rendu accessible ce travail d'orfèvre. Ces compositions remarquables, que l'on aurait pu croire réservées à une élite de musicologues, sont restituées avec une clarté désarmante grâce à la plume de Xavier Martin.

 

En s'inspirant aussi bien du jazz spirituel de John Coltrane (Little Johnny Jewel sonne comme leur A Love Supreme à mes oreilles) que du rock garage brut des 13th Floor Elevators (dont ils reprenaient régulièrement Fire Engine, rebaptisé The Blow Up sur leur live éponyme), les quatre membres de Television ont créé une œuvre qui les a dépassés, devenant intemporelle.



De l'enregistrement à la pochette, le groupe a su briser les règles et s'affranchir des carcans d'un rock'n'roll qu'ils jugeaient trop étriqué au milieu des années 70. Ainsi, les guitares ont été enregistrées sans aucun effet ni pédale, branchées directement sur des amplis Fender Super Reverb, le tout capté en une seule prise (hors overdubs nécessaires). Xavier Martin rappelle d'ailleurs l'astuce de Richard Lloyd, empruntée à Phil Spector : doubler ses pistes de guitare pour créer un effet de chorus naturel. Une prouesse qui exigeait une précision absolue, car il devait rejouer exactement la même phrase, note pour note, pour que l'illusion opère.

 


Patti Smith et Robert Mapplethorpe ©Norman Seeff
Patti Smith et Robert Mapplethorpe ©Norman Seeff

Briser les règles, c'est aussi l'histoire de la pochette iconique de l'album. Réalisée par Robert Mapplethorpe — l'ami de Patti Smith qui avait déjà signé celle de Horses —, elle est née d'un heureux accident. Richard Lloyd avait utilisé une photocopieuse pour obtenir une copie d'une photo originale. Devant le résultat granuleux, évoquant la mauvaise définition des téléviseurs de l'époque, le groupe décida instinctivement de conserver cette image. Un clin d'œil parfait au nom « Television », figeant ainsi l'esthétique brute du groupe pour la postérité.

 

D’où vient donc ce titre énigmatique, Marquee Moon ? Xavier Martin privilégie l’explication la plus littérale, mais aussi la plus poétique : celle de la « lumière blanche, froide et aveuglante des marquises de théâtre », ces enseignes lumineuses portant le nom des artistes. Dans la nuit new-yorkaise, cette lumière artificielle jaillit avec une telle intensité qu’elle crée une illusion surréaliste : celle d’une lune venue irradier la pénombre urbaine. Une image parfaite pour un groupe qui fusionne le concret de la ville et l’abstrait de la poésie de Paul Verlaine, pour qui la lune était un motif récurrent.


L’ouvrage se clôt sur une pièce maîtresse souvent oubliée : Little Johnny Jewel. Le livre analyse la version bonus des rééditions (depuis celle en CD de 2003), qui réunit en une seule piste les deux faces du 45 tours original. Ce morceau est, à bien des égards, l’autre pilier angulaire de Television. Tout comme le titre éponyme, certaines versions live pouvaient s’étirer sur quinze minutes, portant la même exigence poétique.




Les paroles y dressent le portrait d’un personnage libre, inadapté au quotidien, inspiré par William Blake – ou peut-être par le frère jumeau de Tom Verlaine, John, mort à 34 ans d’une overdose d’héroïne ? Ce « Johnny » tente désespérément de « délivrer une vision » (tell a vision), une quête que certains jugent triste, d’autres délirante. Il ne réclame rien d’autre que sa « petite tête ailée » (little wing head). Notons au passage que « Winghead » était le surnom affectueux que Tom Verlaine donnait à Patti Smith, un détail touchant qu’elle a rappelé avec émotion dans son éloge funèbre au chanteur en 2023.


https://youtu.be/rrVVm_K_b0Q?si=toDZGMw4GnU8bOg6&t=95 Television - le passage “tell a vision” + “my little winghead” de Little Johnny Jewel (version cd, bonus de Marquee Moon).

https://www.rtbf.be/article/l-emouvant-eloge-funebre-de-patti-smith-a-tom-verlaine-11145751 - l’éloge funèbre de Patti Smith à Tom Verlaine (2023)

https://www.youtube.com/watch?v=f8RKt1R86Zw Patti Smith reprend Guiding Light de Television en hommage à Tom Verlaine en 2023 à Leipzig.


Plus loin dans le morceau, le protagoniste est décrit accroupi derrière la clôture d’un aéroport : « La poitrine envahie de lumières / Il laisse cette sensation l'envahir / Puis il perd ses sens ». C’est le signal de départ pour un solo dévastateur, dont l’intensité varie selon les versions.

Xavier Martin souligne avec justesse le caractère avant-gardiste de la composition : une ligne de basse très jazz (confirmant cette parenté avec A Love Supreme de Coltrane), des « fulgurances guitaristiques » de Verlaine et Lloyd, tandis que le batteur Billy Ficca semble danser autour de la rythmique imperturbable tenue par Fred Smith.

 

Tom Verlaine n’avait que 27 ans lorsque Marquee Moon est sorti, et pourtant, avec cet album, il avait déjà tout dit.


Tom Verlaine au Hammersmith Odeon, à Londres, en 1978.          ©Gus Stewart
Tom Verlaine au Hammersmith Odeon, à Londres, en 1978. ©Gus Stewart

 

En refermant le livre, on ne peut s’empêcher d’espérer une suite, voire un ouvrage entièrement dédié à l’histoire complète de Television. Xavier Martin maîtrise son sujet avec un tel brio qu’il donne envie d’aller plus loin. Tant reste à dire sur le groupe, notamment grâce aux nombreux concerts d’époque disponibles en ligne, mais aussi sur la période de la reformation en 1992 et les tournées jusqu’en 2016. Que dire des nouveaux morceaux jamais enregistrés en studio, comme ce fabuleux Persia qui pouvait durer jusqu’à vingt minutes sur scène ? On reste impatient de découvrir ce que Xavier Martin pourrait nous apprendre sur ces chapitres méconnus d’une discographie pourtant déjà légendaire.


https://www.youtube.com/watch?v=kdaoraHEPmU - Television - l’inédit Persia dans une version de 25 minutes live à The Fillmore de San Francisco en 2015.


En attendant, l'ouvrage actuel suffit à nous offrir l'essentiel. En révélant l’alliance entre la technique limpide et la poésie des paroles de Marquee Moon de Television, le livre de Xavier Martin (collection Discogonie) fait de ce disque intemporel un puissant remède pour notre époque élégiaque.


  (Discogonie) 2026




Pour compléter cet article, voici quelques questions posées à Xavier Martin.

 

Xavier, pourquoi Television et pourquoi Marquee Moon ? Qu’est-ce que ce groupe ou ce disque représente pour toi ?

C'est très difficile de répondre à cette question car il y a certainement eu une bonne dose d'inconscient dans ma décision d'entamer ce projet dont le déclencheur a été l'annonce de la mort de Tom Verlaine. La nouvelle m'a projeté quelques grosses années en arrière – la fin des années 70, début des années 80 - lorsque j'écoutais ce disque que j'ai toujours trouvé fascinant parce que très différent des autres albums de ma collection où se côtoyaient gaiement Bob Marley, les Clash, B52s, The Jam, Talking Heads, Blondie et bientôt les Cure. Son côté complexe et intello, sans que je puisse réellement le qualifier alors, m'attirait, à un âge où il était de bon ton de faire du name dropping d'artistes d'avant-garde pour impressionner la galerie. Mais de manière plus importante, Marquee Moon a constitué un virage dans mes goûts musicaux et a certainement influencé mes choix futurs, m'amenant à m'intéresser à une scène plus alternative ou indie que je ne le faisais précédemment.  Et puis cette pochette... comment ne pas vouloir se saisir de l'objet ? Je l'ai regardée sous toutes ses coutures tant elle était à la fois improbable et tellement belle.


On peut retracer l’histoire et les différentes versions des morceaux de Marquee Moon grâce aux nombreuses versions pirates de concerts de Television.  N’était-ce pas frustrant de s’en tenir qu’au disque publié et ne pas pouvoir parler de ces versions live comme celle du morceau Marquee Moon qui pouvait durer jusqu’à 15mn, par exemple ?

 On pourrait écrire un livre entier sur la seule chanson Marquee Moon tant il en existe de versions différentes ! Même celle présente sur le disque a une histoire particulière puisqu'elle a dû être écourtée afin de faire tenir les autres morceaux sur l'album, la durée totale étant supérieure à ce qu'il était alors possible de graver. Mais effectivement, ce titre était un formidable terrain d'expérimentation pour Tom Verlaine, une sorte de laboratoire pour tester de nouvelles idées. Il confiera que le morceau a pu contenir parfois plus de 20 strophes. Mais pour revenir à la question, c'est la règle de la collection Discogonie que de s'en tenir aux pistes de l'album, et c'est déjà pas mal !



©Laurence Dordet
©Laurence Dordet

De manière plus générale, c’est le jeu du format de cette collection Discogonie mais n’aurait-tu pas souhaité pouvoir t’étendre plus longuement sur la brève carrière de Television ? Je veux dire que Television a sorti peu de disques tout en étant devenu culte, il aurait donc été intéressant de parler du second album raté alors que les mêmes morceaux live de la tournée de 1978 sont très bon et bien sûr de ce dernier album lors de la reformation en 1992 sans compter des inédits comme le très beau Persia.

 Comme tu le dis, les règles du jeu imposaient le périmètre et c'était accepté. Contrairement à toi, je ne pense pas qu'Adventure soit raté, au contraire. D'ailleurs certains titres de ce deuxième album existaient à l'époque de Marquee Moon et auraient pu avoir leur place sur ce premier disque. On sait que des arbitrages ont du être fait par Verlaine à l'époque. Ce que j'appelle “ la brève histoire de Television ” telle que je la raconte dans le livre est avant tout une manière d'amener le lecteur à comprendre le contexte dans lequel Marquee Moon est né, comment Verlaine et Hell sont arrivés à New York et par quelles rencontres et coups de pouce du destin l'album a pris forme. Aller au-delà aurait au mieux créé un anachronisme par rapport au sujet initial, au pire une frustration que je ne puisse pas parler des autres disques avec autant de détails, à moins de faire un livre pour chacun d'entre eux. Comme je l'ai dit, j'aime beaucoup Adventure même si la symbolique que portent ses titres est bien moins puissante que celle présente dans Marquee Moon. Quant au disque de la reformation de 1992, Television, il est surtout intéressant pour juger de l'évolution musicale de Verlaine qui entre-temps a sorti des albums solos.


Aimerais-tu d’ailleurs consacrer un livre entier à Television ?

Je pense, et ça n'engage que moi, que la période la plus intéressante d'un point de vue musical, sociétal et quelque part philosophique est celle qui court jusqu'au début des années 80, donc Marquee Moon, Adventure et bien sûr les lives qui ont suivi, notamment le superbe Blow Up sorti en 1982 mais avec les bandes d'un concert de 1978, et qui contient tous les titres importants de Marquee Moon et d'Adventure ainsi que des reprises très intéressantes de Knockin' on Heaven's Door, Satisfaction et Fire Engine des 13th Floor Elevators (renommé Blow Up). On y retrouve également un titre très “verlainien” : Little Johnny Jewel qui apparaît sur la réédition en CD de l'album en 2003, ce qui m'a permis de l'inclure dans le livre en « extra ». Quant à la tentation d'un livre sur Television ? Je pense que je n'aurais pas assez du reste de ma vie pour faire ce travail, même s'il est commencé avec ce volume sur Marquee Moon. Television s'inscrit au carrefour de plusieurs disciplines artistiques dans un contexte de bouillon culturel intense. Retisser les liens qu'entretenaient Verlaine, Hell, Lloyd, Ficca et Smith avec poètes, musiciens et peintres serait aussi important que d'essayer de déchiffrer les messages codés que Verlaine a disséminé dans les chansons. Peut-être dans une autre vie...


Pour finir, as-tu un autre livre en cours ou en prévision de sortie ?

J'ai un deuxième livre en cours sur le collectif anglais Archive (après Archive – Livret de Famille » sorti en 2022 chez Camion Blanc). Une fois terminé, après sans doute une pause, j'aimerais recommencer l'exercice qui consiste à m'intéresser exclusivement à un album. Petit indice, le disque qui m'intéresserait pour cela est sorti deux ans après Marquee Moon.

 

 
 
 

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