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SWANS // Sacrifice & Transcendance, l’histoire orale.

Dernière mise à jour : 28 juin 2023


©William Lacalmontie

L’éditeur Camion Blanc vient de publier un livre consacré au groupe new yorkais Swans dont Sacrifice & Transcendance est la traduction française du livre écrit par Nick Soulsby sorti en 2018 chez Jawbone. En sous-titre est indiqué « l’histoire orale ». Nick Soulsby a interviewé 125 personnalités (musiciens, techniciens, producteurs, graphistes, famille, amis, groupes édités par le label Young Gods Records…), dont évidemment le leader Michael Gira, pour nous raconter la machine Swans de l’intérieur. Les 150 interviews-témoignages ont donné à l’auteur, la somme de 300 heures de témoignages et 600 heures de retranscription, autant dire que les 520 pages du livre ont de la consistance orale. Après une introduction qui permet à Nick Soulsby de présenter la carrière de Swans, place aux chapitres qui commencent par le milieu familiale de Michael Gira, suivi du fondement de Swans jusqu’à sa reformation en 2010. Ces chapitres ne contiennent exclusivement que les témoignages dans l’ordre chronologique de la carrière, sans les questions, ni commentaires de l’auteur. Ce parti prit journalistique permet d’être au plus près des nombreux membres du groupe, avec également la perception de quelques personnes extérieures, mais proche de Michael Gira. Ainsi le lecteur a plusieurs angles de visions. Ce procédé a pour seul défaut quelques répétitions dans les commentaires. C’est l’effet oral.


Sacrifice & Transcendance est le premier livre consacré à ce groupe majeur, en matière de musique noise, industriel, de bruit blanc, et surtout d’un groupe où le SON et le VOLUME est la matière première des compositions. En France, l’éditeur Playlist Society a publié en 2016, Swans et le dépassement de soi, un essai très intéressant de Benjamin Fogel, mais l’auteur n’ayant jamais assisté à un concert des Swans (du moins jusqu’à la parution du livre), il est clair qu’il manque un élément important pour comprendre au plus près, la musique et la vision de Michael Gira, le chef d’orchestre de Swans. Le travail sonore jusqu’à son plus simple appareil, égale un rythme redoutable qui commence comme un mantra avec peu de notes, mais beaucoup de tension qui transporte le groupe et le public jusqu’à la transe et le combat continuel de Michael Gira, qui œuvre depuis plus de 40 ans pour montrer sa vision du SON, du volume sonore, quitte à se faire des ennemis, quitte à être incompris, à être prit pour un fou tyrannique. Michael Gira est un artiste unique dont il sera impossible de le faire dévier de sa trajectoire, faisant ainsi de la discographie et des prestations scéniques de Swans, une œuvre à part dans la musique rock des 40 dernières années. S’il y a eu le chant du cygne en 1997, après 16 années chaotiques, la coupure avec le groupe The Angels Of Light et la création du label Young Gods Records (avec la découverte des artistes, groupes, Devandra Banhart, Akron/Family, Ruby, Larsen) a permis à Michael Gira de revoir le fonctionnement de Swans et lui redonner une seconde vie en 2010, voire une éternelle jeunesse, tant à partir de 2010 et la publication de l’album My Father Will Guide Me Up a Rope To The Sky, la musique des Swans est devenue encore plus étonnante, voire meilleure, plus inspirée que dans sa première existence (1981-1997). En effet, depuis 2010, Swans a publié cinq chefs d’œuvres musicaux qui ne rentrent dans aucun format. Déjà, la durée d’un morceau n’a aucune règle, ainsi un album peut être simple, double ou triple. Ensuite, malgré que le morceau soit enregistré d’une certaine façon sur le disque (= un instant donné capté pour l’éternité), en live le morceau est en perpétuel reconstruction. A noter que depuis la reformation des Swans, le groupe joue en priorité les nouveaux morceaux et fait table rase du passé. Aller toujours de l’avant, sans se retourner, tel est l'horizon de Michael Gira. Notre passage terrestre est trop court pour regarder dans le rétroviseur. Pour rappel, Michael Gira est un visionnaire, un artiste qui a besoin de créer 24 heures sur 24. Les vacances au soleil, trop peu pour lui, quitte à laisser sa vie familiale sur le carreau.



Jarboe et Michael Gira, Espace Ornano, 31 mars 1992, Paris ©Paskal Larsen


La rédaction de ses 125 personnes interviewés (à noter que le dernier chapitres permet de les présenter, il ne manque que le batteur Roli Mosimann qui a refusé de se faire interviewer, devenu un producteur incontournable dans la scène noise indus, il a produit entre autres les albums du groupe suisse The Young Gods, mais aussi Fœtus Inc., Faith No More, Cop Shoot Cop, Treponem Pal), permet aux lecteurs et lectrices de mieux cerner la personnalité autoritaire de Michael Gira. Malgré qu’il ne soit pas facile pour un musicien de travailler avec lui, ils (dont Ted Parsons qui formera l’excellent groupe Prong, Thurston Moore au début du groupe pour les prestations live) sont tous d’accord pour dire qu’ils ne regrettent pas leur passage dans Swans, quitte a supporter le caractère haut en couleur et tout en douleur de Michael Gira, tant ils sont fières d’avoir participé à cette œuvre unique, toujours en ébullition, qui demande de mettre plus que 100% de sa personne. Quand on entre chez Swans, c’est comme pour l’armée, on part au front sans baisser la tête. Parmi les personnalités interviewées, il y a le témoignage de Jarboe, muse de Michael Gira. Si en 1986, le style musical de Swans passe du bruit blanc au style rock Gothic (sur le verso de la pochette du live Public Castration is a Good Idea, il est écrit « Play at maximum volume »), c’est l’influence de Jarboe qui est le moteur de ce changement. Le sommet de leur union artistique est le magnifique double album Children Of God (1987), qui a du dérouter les fans de la première heure. Son témoignage est précieux et permet de mieux découvrir la personnalité de Michael Gira.

"Avec Michael (…), ne jamais être satisfait vous assure de progresser, d’évoluer et de continuer à explorer." (Jarboe, p 375)


Oui, le livre Nick Soulsby permet de vivre à travers les témoignages (c’est fou ce que ces musiciens noise ont de la mémoire), la longue et belle discographie de Swans, de l’EP éponyme sorti en 1982 à l’album The Glowing Man sorti en 2012. A noter dans la discographie, l’album The Burning World (1989) qui tranche avec le style noise, le style Gothic rock, pour se diriger vers la folk, suite à la découverte de Nick Drake dans l’univers de Michael Gira. C’est à cette époque que Swans reprend le morceau Love Will Tear Us Apart (1988) de Joy Division. La version mélancolique et caverneuse de Swans est une petite perle, un accident fédérateur dans la carrière mouvementée du groupe.

Après toutes ces lignes que vous venez de lire, il est temps de poser la plume (c’est plus joli que les touches du clavier) et de vous inviter à dévorer le livre de Nick Soulsby, avec ou sans le VOLUME SONORE de la musique des Swans, dont le chant du cygne n’est pas près d’arriver, vu la richesse créative du groupe.


Paskal Larsen


Swans sera en concert à L’Elysée Montmartre à Paris le 13 novembre 2023










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