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Live Report // Clara Ysé à La Boule Noire

Mis à jour : 12 nov. 2019

(4 novembre 2019)

Clara Ysé a sorti son premier EP, Le monde s’est dédoublé, en avril dernier chez Tomboy Lab. Une œuvre philosophale qui transforme la noirceur en lumière.

Clara Ysé © Fanny Veyrenotes

Clara Ysé a assuré l'ouverture pour Arthur H, a participé à la pièce « A définir dans un futur proche » (tirée de Sorcières de Mona Chollet), et début octobre a fait sa grande première - sold out - à La Boule Noire. On la retrouve donc pour la seconde fois dans ce lieu intimiste, propice aux communions. 

Malicieuse, c’est avec Soldat qu’elle entame son set, avant de s’échapper jusqu’aux cimes (Voyage équinoxial), donnant un aperçu immédiat de sa capacité vocale désarmante, le tout sur un arrangement qu’on remarque plus électro que sur l’EP. Voilà qui illustre les velléités électroniques qu’elle partageait avec nous en interview*. Parcourir, explorer sans cesse et se nourrir, des voyages, des rencontres, des émotions, faire se mêler les registres sans nous perdre ni rien trahir. Clara Ysé aventurière nous offre un inédit (Cœurs indomptés) fidèle aux accents de musique traditionnelle - clarinette de Robby Marshall très orientale, constitutifs de son identité musicale, associés à un côté expérimental - le percussionniste Naghib Shanbehzadeh a troqué ses caisses pour des pads. Le rythme déroule, Clara Ysé nous charme. 

Formée au chant lyrique dès l'âge de 8 ans, passée ensuite par le Conservatoire régional, en parallèle d'études supérieures en philosophie, Clara Ysé a plus d'un tour de chant dans son sac. Lorsque les paroles en espagnol de Libertad raisonnent, on est instantanément transportés en Amérique du Sud, sur ce continent que Clara Ysé affectionne. Pour elle, passer d’une langue à une autre avec autant de grâce et d’aisance c’est ouvrir la porte à des univers multiples. De sa voix grave, profonde, elle semble s’adresser à chaque personne, appuyée par la clarinette, et c’est alors que notre vision se dédouble, laissant entrevoir la regrettée Lhassa. Toute première chanson composée, Libertad ou le galop furieux d’une liberté rageuse. Le public semble frissonner. 

Entre les applaudissements nourris, Clara Ysé présente ses prodigieux compagnons de scène, instrumentistes virtuoses rencontrés pour la plupart au gré de "soirées d'improvisation musicale" qu’elle organisait avec une amie. Pour entamer MamaClara Ysé a les yeux fermés. On sait que son EP s'est fait très vite, dans une absolue nécessité après la disparition de sa mère. Mama sur scène a des accents incantatoires portés par la flûte traversière et les percussions. Mama s'achève sur un souffle qui nous laisse suspendus, subjugués. 

Clara Ysé dégage cette solidité réconfortante, cette humilité impressionnante, un élan de vie qui nous porte jusqu'à la reprise d’Immortels de Dominique A, déjà reprise par Bashung. « Je ne t'ai jamais dit / mais nous sommes Immortels / pourquoi es tu parti / avant que je te l'apprenne ». L’intensité de son interprétation efface toute autre piste. 

Avec Clara Ysé la lumière est toujours là, éclairant les ténèbres. C'est donc avec l'inédit Fais moi l’amour qu'elle enchaîne, radieuse et sensuelle, avant de se lancer en duo avec Juliette Armanet sur le titre phare de son EP, Le monde s'est dédoublé, à la poésie puissante. Accompagnées du seul clavier de Camille El Bacha, leurs deux voix se font écho, catalysant une émotion palpable tant sur scène que dans la salle. Et puisqu'il sera ensuite question de fées, on imagine notamment les grands yeux noirs de Barbara, bienveillante, réjouie, l'observant depuis les coulisses. 

Clara Ysé nous révélait « se sentir libre sur scène, adorant son aspect sacré, heureuse de pouvoir partager avec d'autres et de toucher à une part d'invisible ». Sa générosité se retrouve totalement avec Fées magnétiques, acrobaties vocales déconcertantes et percussions haletantes, saisies par la salle qui communie totalement. Il faut garder la tête froide après le final enflammé, l'apaisement vient donc d'un ultime inédit, mêlant claviers classiques et touche lyrique, frictions des univers que Clara Ysé sublime à merveille. 

Le public (qui compte la prodigieuse Léonie Pernet avec qui elle a partagé la scène de « A définir dans un futur proche ») est debout, les applaudissements sont vifs, chaleureux. Clara Ysé nous a montré ce soir un éventail de ses talents. La finesse de son écriture, son agilité au chant, sa richesse et sa générosité ont touché avec puissance et douceur certains territoires de l'âme insaisissables. Faisant résonner au passage les cordes de l'invisible.


Veyrenotes & Wunderbear


*Interview à suivre dans une prochaine édition de PERSONA

Clara Ysé vous attend les 5 décembre, 14 janvier, 11 février et 17 mars 2020 à La Boule Noire.

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