top of page
  • Photo du rédacteurPERSONA

CLAVICULE // FULL OF JOY


©Marine Bouteiller

Le quatuor Clavicule revient avec un très attendu nouvel opus Full Of Joy, afin de confirmer qu’il occupe une belle place dans la discographie idéale du rock indé français. L'esthétisme entre rock-garage et psyché-rock, malicieux et intelligent est captivant, tant cette musique se trouve à la croisée d'innombrables horizons mais avec sa propre identité, cristallisant le plaisir de réunir leurs énergies communes, dans une rage de vivre communicative. Avec ce deuxième album tout aussi jouissif que le précédent, mais d'une façon plus maîtrisée, toute la maturité du groupe prend corps dans les 10 titres endiablés du disque qui ainsi étoffent leur musicalité enflammée. Quelques minutes avant de monter sur la scène de l’ubu, pour leur release party rennaise, Kamil (Guitare), Alexis (Batterie), Ian (Basse) et Marius (Guitare, Chant) ont répondu à nos questions.


Vous venez de sortir votre second album Full Of Joy. Quelle est pour vous la différence majeure entre votre premier opus Garage is Dead et celui-ci ?

Marius : On s'est tous améliorés en tant que musiciens et en tant que personnes. On a tous progressé sur des choses qui pouvaient nous embêter ou qui pouvaient nous retenir, nous empêcher d'être ensemble lors du premier album. Du coup on a progressé et on a illustré ce progrès personnel et musical dans certains de nos morceaux. On est tous mieux dans notre peau qu'à l’ époque.

Kamil : Il y a, par définition, plus de temps qu'on se connaît, plus de vie, de concerts... Ça amène forcément à une évolution. Personnellement, je vois vraiment les albums par périodes du groupe, la musique évolue vraiment en fonction de ça, donc ce second album est vraiment significatif d'une période...

Alexis : On a enregistré l'album un peu différemment du premier, on a énormément préparé en amont, ça change beaucoup de choses. Même sur le temps d'enregistrement, on a utilisé d'autres moyens, d'autres méthodes et ça, ça modifie beaucoup le son à la fin. On avait beaucoup plus d'attentes et d'envies d'aller plus loin.


Et cela sous-entend-il que vous estimiez que votre premier album était une sorte d'essai, ou de mise à l'épreuve ? Et que là vous seriez dans quelque chose de plus affirmé ?

Marius : C'est vrai que sur le premier album, tout était fait dans l'urgence : la décision de le faire, quand le faire, en combien de temps le faire, comment le faire.

Alexis : C'est ce que beaucoup de gens ont ressenti : l'urgence, la fougue !

Marius : On n'avait pas un projet défini, on s'était dit qu'on allait faire un album, mais on ne savait pas ce qu'on allait faire. On a tout découvert sur le tas. Pour le second, le projet était précis, beaucoup plus que lorsqu'on a envisagé Garage is Dead.


Justement, comment avez-vous posé les bases de ce que vous vouliez faire sur ce nouvel album ?

Marius : C'était au niveau des compos déjà, prendre le temps de composer les morceaux un peu différemment. Le fait que l'on ait cette fois composé tout l'album avec Alexis, ce qui n'était pas le cas sur le premier, ça a aussi forcément changé un peu les choses. Après, ça s'est fait un peu naturellement.

Alexis : Chacun a pris de l'assurance dans son rôle, dans la fonction qu'il veut remplir. Du coup il a fallu composer avec ça, parce qu' on n'était pas toujours d'accord, et il a fallu que chacun s'affirme et prenne de la distance, le temps nécessaire pour accepter que l'autre ait le droit de s'affirmer dans le rôle qu'il veut musicalement. Et ça, ç'a été un gros travail pour moi, parce que je prends énormément de place dès qu'on m'en laisse !

Ian : Sur le deuxième album, il y avait plus une volonté de consensus entre nous, de travailler, de composer ensemble pour qu'il plaise à tous, que chacun ait vraiment sa place, et plus de place en général !


Qu' est-ce que ça a changé pour vous de séparer l'amitié pure de la partie plus professionnelle ?

Marius : On peut parfois se fâcher, mais ce n'est pas parce qu'on se fâche dans le boulot qu'après on ne se parle plus !

Alexis : Sur ce point, il y a déjà le fait que, pendant longtemps, Marius et moi habitions ensemble. Aujourd'hui ce n'est plus le cas, donc rien que pour ça, tout est plus équilibré. D'ailleurs, quand on a déménagé, cela a coïncidé avec une période de pause dans le groupe, puisque l'album était enregistré mais il n'y avait pas forcément de dates, donc on était dans un renouveau sur plusieurs aspects. Il y a eu le déménagement, une pause de plusieurs mois avec quasiment pas de répétitions, et quand on s'est retrouvés, tout était déjà fait, pas forcément le plus chiant, mais le plus gros. Alors quand on s'est retrouvés en fin d'année dernière/début de cette année, il y a eu une espèce d'apaisement général. Du coup c'est cool, parce que ça permettait vraiment de se voir pour des choses concrètes, pour le groupe, plutôt que de se voir dans un cadre plus personnel.


Comment avez-vous vécu le fait de devoir attendre pour sortir les morceaux à cause du Covid ? Est-ce qu'il y a eu une sorte de frustration ?

Alexis : Depuis que certains morceaux qu'on voudrait chanter en concert sont prêts, on ronge notre frein pour ne pas les jouer, on a saigné les morceaux de Garage is Dead jusqu'au bout ! Et maintenant on va pouvoir faire un live 100% fait des morceaux de l'album! Là, le live est fait en fonction de cet album, du coup ça va être la première fois qu'on va pouvoir les servir à d'autres personnes.

Marius : Pour revenir sur le Covid, c'était chiant pour la sortie du premier album, même si on a quand même pu le sortir dans d'assez bonnes conditions par rapport à ce que certains groupes ont pu vivre ! Par contre, ça nous a aussi permis de composer le second album, d'avoir ce temps-là. Enfin, en partie, parce qu'on n'a pas tout composé à ce moment, ça s'est fait sur la longueur ! Mais ça s'est plutôt bien boutiqué pour la sortie de l'album : on devait le sortir plus tôt, et on a attendu pour d'autres raisons aussi. On est contents, finalement c'est très bien ! On s'est entourés de plein de personnes aussi, on a des salles qui nous plaisent pour faire des releases. A partir de là, si l'album nous plaît, qu'on a des salles qui nous plaisent pour le défendre, c'est juste trop cool !


En tant que jeune groupe, est-ce que vous arrivez à vous identifier à ces familles du rock indé ?

Ian : Personnellement, je n'écoute quasiment aucun de ces groupes, par affinité musicale. Par contre, je suis toujours très content de les voir en concert. Et j'essaie de me tenir un peu au courant de ce qui se passe. On a pu échanger avec certains, et même si je les écoute, si je ne me sens pas affilié à eux.

Marius : Et en fait, quand on les rencontre, ce qui n'arrive pas tous les 4 matins, on se rend compte que l'on a plus ou moins le même public, le même mode de vie, de faire des concerts, donc forcément ça rapproche un petit peu. C'est souvent la presse qui dit qu'on fait partie de cette famille. Ce sont des gens qu'on va voir sur scène, on partage des trucs avec eux effectivement, on a les mêmes valeurs pour certains d'entre eux et il y a ce truc de ressentir une espèce de communauté, d'un rock indé. Ce sont des groupes qui se ressemblent assez sur certains aspects et je trouve ça cool.


Comme tu disais, il y a aussi une temporalité qui fait les choses. Il y a des mouvances musicales qui sont « à la mode ». Et là on est dans une période du retour du rock, mélodieux ou plus énervé, et on voit une belle émergence de groupes partout.

Marius : Effectivement, il y a un renouveau de gens qui proposent leurs versions de ce qui a été créé il y a près de 70 ans, qui le digèrent et en font quelque chose de nouveau.

Ian : Quand on était ados, les têtes de proue étaient plus des groupes de métal, comme Lolofofora, ensuite ça a été des groupes de rock. Je ne sais pas si maintenant il y a des têtes d'affiche de métal...

Alexis : Ce sont deux styles à part. Il y a encore de belles choses dans le métal. Je me trompe peut-être, mais dans le métal d'aujourd'hui, il y a moins de jeunes groupes qui émergent. Le métal, c'est un peu démodé. En ce moment ce qui est représenté dans les sphères mainstream c'est plutôt le rock, la pop, l'électro !

Kamil : Tout est cyclique, et nous on est un peu « Monsieur Tout le Monde », et les « Messieurs tout le monde » ont besoin de rock dans leur vie ! Il y a un public, alors même si c'est passé de mode, il y aura toujours quelqu'un pour en faire et quelqu'un pour en demander.

Marius: Quand ça a été créé, il y avait des jeunes qui voulaient aller dans le sens contraire de leurs parents. Depuis il y a eu des choses de plus en plus extrême comme le punk, le métal, le grunge, etc. Et maintenant on revient dans des trucs avec le « post » , les 80/90 qui reviennent ! En 2025 Clavicule sera un groupe de pop ! (rires). Mais on essaie toujours de moderniser. Ce n'est pas voulu.


Est-ce que vous estimez que vos deux albums ont un fil conducteur commun ?

Marius : Pour moi c'est 100% translucide, ça communique ! Les goûts que l'on a, ce que l'on aime à un instant T, fait forcément partie de ce que l'on compose.

Ian : Nos albums sont là, ils existent, il existeront toujours, donc forcément ça influence ce qu'on fera ensuite.


Quand on fait de la musique, il y a des choses qu'on s'autorise, d'autres qu'on s'interdit. Il y a cette forme de rigueur, de ne pas tomber dans la facilité. Ça relève un peu des valeurs, des goûts et des attentes… ça vous parle ?

Marius : Dans notre musique, le point central qui nous relie tous, malgré nos goûts très différents, c'est un consensus musical qu'on a trouvé, avec cette recette, même s'il n'y a pas de recette miracle mais un feeling qui marche entre nous, on essaie de l'explorer au maximum. Mais pourquoi pas tester d'autres trucs ?

Kamil : On aura toujours une trame commune. Après, on ne sait pas vers quoi les autre compos iront ! Mais il y aura toujours une base qui est la somme de nous quatre et de nos sensibilités.

Ian : Je vais avoir tendance à faire des compos plutôt longues, prendre le temps de faire toutes les parties, et Kamil me recentre. Pour le style ou pour l'aspect plus techniques, il y a toujours un fil tendu entre nous quatre, et on trouve le point d'équilibre.

Alexis : Pour tout ce qui sort de bien, il y a toujours eu des tensions ! Dans le groupe, on a toujours frité sur ces trucs de merde qui n'ont aucun sens ! C'est presque par ego qu'on ne veut pas lâcher un truc ! C'est chiant sur le moment, mais après ça n'apporte que des choses positives. Et aujourd'hui, l'album c'est aussi le résultat de tous ces moments où on s'est fâchés. Ça nourrit la création et ça apporte des compromis de chaque côté.

Marius : Il faut qu'on s'engueule encore plus en fait ! (rires)... Toutes les chansons qu'on a faites ensemble, on les a toutes validées tous les quatre. C'est le principal !

Kamil : Une vraie démocratie avec son lot d'avantages et de petites frustrations. Mais il faut pousser vers un résultat qui nous dépasse et pas s'attacher à des individualités.

Marius : Et puis, dans le fond, on s'aime quand même ! (rires) On sait s'engueuler !


Ce soir, c'est la release party à l'Ubu. Comment vous sentez-vous ?

Kamil: Je suis très impressionné, j'ai hâte, et en même temps je garde le souvenir que j'avais, quand je venais ici voir des trucs que je pensais gigantesques ! Alexis : Petite anecdote, je suis venu ici voir l'un de mes premiers concerts il y a 19 ans, en 2004 : Franz Ferdinand, avant qu'ils n'explosent. Et du coup il y a un peu une symbolique de jouer là ce soir, surtout pour la release party ! On a déjà fait de plus grosses salles qu'ici, mais il y a la symbolique. En plus, ce soir-là j'y étais avec mon père, et il sera là aussi ce soir ! Donc ça fait quelque chose de jouer ici plus que dans une autre salle !

Ian : C'est vrai qu'on voit tout le chemin que l'on a parcouru et que ce n'est pas arrivé du jour au lendemain. C'est un truc auquel on s'habitue. Je discutais de ce genre de choses avec mon coloc qui lui, passe son brevet de pilote, rien à voir je sais ! (rires) En fait il rêve de ça depuis des années, mais vu qu'il a mis beaucoup de temps à en arriver là, il y a eu tellement d'étapes, qu'on ne s'en rend pas vraiment compte, ça semble très progressif... Et le jour où ça t'arrive vraiment, tu ne te dis pas que tu réalises le rêve de toute ta vie, il n'y a plus cette spontanéité. Repenser ce truc-là, de garder les pieds sur terre, te dire que tu vas dans cette salle et que tu vois des groupes qui te font encore rêver, ça te permet de garder une certaine humilité, de te dire que tu es juste un petit péquenot qui fait des trucs pour d'autres petits péquenots. Et c'est cool parce que tu partages juste quelque chose avec d'autres, de complètement honnête, et tu donnes quelque chose que tu aimes à des gens qui aiment, et qui peut-être un jour feront pareil.

Marius : Et jouer en première partie de Psychotic Monks, ça donne envie d'assurer un maximum ! Ce sont des situations qui font que tu t'améliores parce que tu n'as pas le choix en fait ! Tu joues de plus en plus avec des gens qui sont des pointures, qui sont trop forts, que tu admires, du coup tu as toujours envie d'aller plus haut et c'est trop stylé !

Et tu peux les voir gratos en plus ! (rires)

Stéphane Perraux



FULL OF JOY (A Tant Rêver du Roi & Le Cèpe Records) 10 mars 2023




62 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

Comments


bottom of page