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ZWEI ! // Post-Punk synthétique rugueux




Parfois, la rencontre de nos envies créatives s'entre-choque dans le champ des possibles comme autant d'esprits aventureux qui n'attendaient qu'un déclic pour prendre forme. Nos disponibilités à les concrétiser, nos projets créatifs qui nous trottent dans la tête, ne doivent leur existence qu'à une question de rencontre due au hasard ou plus exactement au destin. Comme le disait Pierre Alechinsky, " L'art, c'est une faille dans la catastrophe." et dans une vie, nous rencontrons bon nombre de catastrophes, mais pour que deux failles s'unissent dans un même spectre de sons et d’images, dont seuls les protagonistes en connaissent la formule exacte, il n'y a qu'un pas pour que l'art prenne corps. Alliance de deux composés étranges, distincts et complémentaires, les deux activistes artistiques qui semblent revenir de l'ombre des années 80, Boris Guffer (Complot Bronswick) et Philip Ross (C.O.M.A.) forment un duo répondant au nom de ZWEI !

Forcément avec eux, cette magie Post-Punk spéculaire opère immanquablement, ouvrant de nouveaux horizons musicaux dans un même miroir frère. Différents et reconnaissables en même temps, quelque part entre Neu!, Cabaret Voltaire, Ex-Fulgur, Bruit Noir, ou encore Alan Vega. Bien qu’il fasse partie de cette mythique génération (difficile d'en faire abstraction), ZWEI ! arpente le quotidien de 2023 comme si les années n'étaient finalement qu'un objet de défiance permanent répondant à une loi autre que celle que nos horloges suivent inlassablement.


Vous venez de sortir en cette fin d’année votre nouveau projet ZWEI !, pouvez-vous revenir sur l’idée d’origine qui vous a guidé dans sa création ?

Philip : Zwei ! Est né d'une rencontre fortuite via Facebook. J'avais entendu parler (en bien !) de Boris Guffer par l'entremise d'un ami commun, Thierry Leray de Charles de Goal. Après avoir écouté un instrumental qu'il avait composé sur un texte écrit et lu par Pier Paolo Pasolini, je l'ai contacté pour lui proposer de faire quelque chose ensemble.

Cela faisait très longtemps que j'avais envie de refaire de la musique tandis que Boris, très prolifique avec son groupe Complot Bronswick devenu Complot, n'avait quant à lui jamais cessé d'en faire. Il est venu chez moi à Villemomble, avec son gros ordinateur Mac et son clavier. Il m'a fait écouter un instrumental sur lequel j'ai tout de suite accroché et collé un texte. Vent mauvais, unpremier morceau a vu le jour suivi d'autres enregistrés chaque semaine entre Villemomble et Saint Mandé. On les a envoyés à Gérald Guignot que l'onconnaissait depuis Music Box et New Rose. Celui-ci avait fondé son propre label May I Records. Le projet l'a intéressé et il nous a signé. L'aventure Zwei ! pouvait commencer...

Boris : Au début de la rencontre, nous sommes tout de suite tombés d’accord sur un certain état d’esprit. Avoir un univers sonore très imagé, presque cinématographique. Nous voulions au départ partir sur des univers sonores très monochromes. Ce cadre nous a permis d’établir notre son, même si dans le temps ce concept a évolué.


Comment définiriez-vous l’univers de ZWEI ! ?

Philip : L’univers de Zwei ! est assez sombre. Il aborde des thèmes sociétaux (la montée des extrêmes, les dérives des réseaux sociaux et de certains médias, les abus sexuels sur des enfants, les migrants etc..). Notre musique et nos textes ne sont que des reflets du monde dans lequel nous vivons.

Boris : Cela n’empêche pas d’y mettre cependant une pincée d’humour en contrepoint. Avec qui et comment avez-vous enregistré et composé vos 16 morceaux ?

Philip : L’album a été entièrement enregistré "at home " entre Villemomble et Saint Mandé avec des guests comme Patrick Blain de Charles de Goal , Philippe Huart de C.o.m.a et Nikolaï Ada de Complot aux guitares. C'est le maestro Dominique Blanc-Francard (il a notamment travaillé avec Bowie, Elton John etc…) qui a masterisé l'ensemble. Beaucoup de gens sont très surpris par la qualité et la puissance de l'enregistrement et peinent à croire que cela été fait à la maison...

Boris : Le manque de moyen contraignant est souvent source de créativité. Avec notre petit matériel (Un Mac, un micro basique Sm 58 et une petite carte son), il nous a fallu être très exigeant pour arriver à faire sonner notre musique.

Où puisez-vous vos inspirations ?

Philip : Nos inspirations sont sociétales mais aussi littéraires et cinématographiques. Si vous regardez les textes vous y verrez des clins d'œil à des écrivains comme Orwell, Ballard, Hubert Shelby Jr. ou des réalisateurs cultes comme Carpenter ou Cronenberg. Mon métier de journaliste de cinéma pendant de nombreuses années n'y est certainement pas étranger. Le tout étant aussi saupoudré d'une certaine distanciation et d'une bonne dose d'humour.

Boris : Mon inspiration sonore est très plastique. La lumière, le souvenir d’œuvres picturales.

Cela peut être aussi une sensation fugace qui traverse l’esprit mais qui reste ancrée en rémanence dans le corps.

Que cherchez-vous à transmettre dans vos chansons ?

Philip : Nos chansons ne délivrent pas de messages précis. Ce sont des vignettes, des instantanés, des coups de projecteur sur tel ou tel fait de société qui a attiré notre attention. Nous ne voulons surtout pas prêcher la bonne parole mais juste pousser les gens à réfléchir. Nous naviguons à vue entre engagement et dégagement...

Boris : Je laisse libre Philip sur l’esprit des textes. Je peux amener une idée, mais pas plus. Monterritoire c'est dessiner par le son, l'espace, l'énergie.


Comment vivez-vous ces moments de partages et de retrouvailles après tant d'années ?

Philip : En ce qui meconcerne refaire de la musique, enregistrer un album, 46 ans après le premier, relève du miracle. Étant ami avec Patrick Blain de Charles de Goal qui était le bassiste originel de C.O.M.A, je suis remonté sur scène, l'espace d'un morceau, en 2013, à l'occasion de la réédition cd et vinyle de l'album, mais ce ne fut qu'une brève incursion. J'avais pourtant, depuis longtemps, envie de me replonger dans cet univers et ce d'autant plus, que j'avais quelques textes que j'avais écris à l'époque de C.O.M.A et qui étaient restés dans un tiroir. Ma rencontre avec Boris a été inespérée. Comme quoi " boring old punks neverdie "...

Boris : Jusque là, ma seule participation dans un groupe, c’était avec Complot.

Je ne me suis jamais considéré comme un musicien, mais plutôt comme un désigner sonore. D’ailleurs dans Complot, au début, je ne m’occupais que du design, de la mise en scène. Au début, j’intervenais comme activiste pictural en peignant pendant le concert. Avez-vous envisagé de présenter vos morceaux sur scène ?

Philip & Boris : Beaucoup de gens nous demandent si l'on a l'intention de refaire de la scène. Même si nos âges avancés me pousseraient à dire que ce ne serait pas très raisonnable, on se dit pourquoi pas ?

Ce que nous ne voulons pas, c'est tomber dans la caricature et le ridicule comme tous ces groupes new-wave des années 80 qui continuent à tourner en vivant sur leurs lauriers passés. D'aucuns ont de beaux restes mais la plupart sont assez pitoyables. Remonter sur scène oui, mais en proposant un spectacle original. Cela supposerait une restructuration de nos morceaux. Attendons de voir comment l'album va être reçu et on verra ce que l'avenir nous réserve...


Stephane Perraux



ZWEI ! (MAY I Records) 24/11/2023




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