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STRANGE AS ANGELS // MARC COLLIN presents CHRYSTABELL sings THE CURE


Chrystabell - Marc Collin
© Julien Mignot

Il était une fois, une très belle femme perdue dans le reflet d’un miroir sans teint, tout au fond d’une grotte dans la forêt de Twin Peaks. Son corps se figea en entendant la voix chevrotante du maître sortir d’un vieux gramophone, David Lynch susurre : « La première fois que je t'ai vu chanter, j'ai pensé que tu étais un alien. Le plus magnifique des aliens » et il ajoute « Tu vas rencontrer Marc Collin et avec lui tu feras l’amour en écoutant les albums de The Cure ! ». Chrystabell se réveilla doucement d’un profond sommeil, son rêve se dissipe subrepticement dans une brume étrangement grise, un air lui trotte dans la tête, celui de « Just Like Heaven » du groupe anglais The Cure, elle se fait un café noir, prend le téléphone et appelle Marc Collin (celui de Nouvelle Vague). Elle se réveille une deuxième fois ne sachant plus trop où elle se trouve. Le téléphone continue de sonner, un appel de Paris, elle met une nuisette transparente et répond. Strange as Angels sortira du studio de longs mois plus tard.

Chrystabell est originaire de San Antonio au Texas, actrice, mannequin, chanteuse, muse. J’ai découvert son univers de cabaret interlope avec l’album « This Train » en 2011, en regardant ses clips je suis tombé amoureux de sa voix et de sa plastique de femme divine. Malgré cette attirance pour le personnage j’ai voulu juger sans à priori l’album qu’elle vient de sortir avec Marc Collin comme quelque chose d’à part, à la marge de toute forme de séduction ou de fascination. A la première écoute sur mon ordinateur la production feutrée de Marc Collin me laisse sur ma faim, je me sers un verre de champagne, allume une cigarette et je mets mon casque sur les oreilles pour mieux appréhender l’aspect immersif de l’exercice. Dès les premières notes, la douceur est de mise, l’éloge du zen, il faut non pas se jeter sur ce disque mais le laisser vous charmer. Je suis conquis dès la deuxième écoute, la belle s’approprie sans aucun problème les chansons de Robert Smith et les fait siennes. Marc est ici plus respectueux de l’univers lynchéen de la fée texane que de celui de la cold wave originelle de The Cure, et c’est justement ce qui fait le charme de ces 13 reprises. Les arrangements aux parfums capiteux, les sons et les drones derrière un piano exsangue, une mélopée semble surgir d’une boite à musique, une saveur opiacée s’invite dès les premières notes de « Three Imaginary Boys », les cordes sont magnifiques, le piano rappelle l’enfance, la chanteuse ne chante pas elle joue avec nos souvenirs et caresse notre nostalgie. Je laisse filer les 6 premiers titres sans toucher le sol, en apesanteur sur « Seventeen Seconds », les yeux mi-clos et des arbres qui défilent le long d’une route sans fin sur « A Forest », j’ai l’impression d’être sous l’effet d’une substance sur « The Drowning Man ». Pas convaincu par la version de « Charlotte Sometimes » je me réveille de ma torpeur en entendant la mélodie simple de « The Walk » qui m’a toujours ennuyé et m’ennuie toujours, mais confiant je me surprends à refermer à nouveau les paupières sur la cover de « Dressing up » pour me laisser couler lentement dans les flots de la voix sensuelle et ensorcelante de Chrystabell. L’artiste a su tirer de ces compositions le sens de la dérive, du rêve au bord d’un précipice, ce moment où la lumière hésite entre la nuit et l’aube… ou peut-être le crépuscule, celui de nos idoles de jeunesse. Qui sait…

Ce disque est un vrai remède à l’époque désastreuse que nous vivons. Les détracteurs de Nouvelle Vague ne l’aimeront probablement pas, les fans obtus de The Cure non plus, et pourtant j’ai succombé au charme discret de cette muse que Marc a su dompter et diriger pour en extraire la suave beauté d’un instant fugace de poésie mélancolique que j’aurais cru impossible il y a 35 ans en écoutant le monstre « One Hundred Years » ici ramené à sa plus simple expression, celle d’une chanson qui dit tout de son époque mais qui entre en résonance avec notre présent abimé. Le concept est intéressant, 13 chansons, chacune tirée d’un des 13 albums de The Cure, une sacrée gageure, un pari gagné. Je suis sincèrement conquis par la beauté lascive de ce Strange as Angels, un disque de chevet qui fait du bien. Merci à Marc et à Chrystabell pour leur délicatesse, je pense que Robert Smith va adorer ce travail passionné et passionnant.

Pedro Peñas Y Robles

MARC COLLIN // CHRYSTABELL

Strange as Angels

Sortie juillet 2021.


A noter également la parution du carnet spécial "Seventeen Seconds" édité par Persona Éditions .

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