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Meaning of Tales // Vie et Rêve


C’est finalement une sensation assez rare, celle d’être transporté par un disque, ce dernier à peine posé sur la platine, alors que le diamant creuse le sillon et que les chant des oiseaux s’échappe des enceintes. Par la grâce des arpèges délicats, vous voici téléporté quelque part au vert, à l’abri sous les arbres. Vous ne rêvez pas, vous venez de découvrir le premier EP des Meaning of Tales, un disque hanté par le fantôme de Nick Drake ou de Crosby, Stills, Nash & Young, aux échos psychédéliques et progressifs. Une rencontre s’imposait.


Un détail m’a tout de suite plu : l’EP commence avec des chants d’oiseaux !

Carl (guitare) : Tout le monde ne l’entends pas…

Théophile (chant, guitare) : C’est ça, seulement les gens sensibles (rires) !

Carl : Cela pose le décor.


C’est votre premier disque, c’était important pour vous de commencer de la sorte ?

Théophile : Les oiseaux cristallisent deux choses. C’était au moment de la résidence à Giverny. Il était six heures du matin, on venait de se faire une nuit d’écriture et d’enregistrement. Carl a eu la bonne idée de dire : « Mais ! Attends on a un bruit de fond ». C’était les oiseaux ! On sort les micros et on enregistre. Cela venait marquer un moment important de la résidence. Ensuite, au moment du mixage, il y avait d’emblée l’envie de souligner que l’on propose une atmosphère différente, calme et posée.

Carl : Ca marchait bien pour l’introduction du disque. On ne savait pas trop où caser ce morceau, Wanderers… Cela emmène un décor, celui où on a travaillé.


Je vous ai vus deux fois en concert, une fois en duo acoustique et une fois au grand complet à cinq et j’ai l’impression d’avoir vu deux groupes différents… A cinq, c’était plus psychédélique, les compositions s’envolent, je n’ai même pas reconnu les chansons ! (fou rire général) Est-ce que pour vous sur scène cela fait une grande différence ?

Carl : L’interprétation des morceaux est totalement différente, ça c’est sûr ! A deux, ça va être tamisé, intimiste, tout dans la retenue et joué très doucement, calmement. A cinq, tout de suite, on va envoyer, appuyer, on va y aller, quoi !

Théophile : On aime beaucoup la musique orchestrée. On a dans l’idée de rester organiques dans le son, ne pas tomber dans le synthé et dans l’effet pour l’effet. Le groupe, on est plus nombreux, le résultat est plus orchestré, on a la volonté d’avoir une dynamique différente. Il y a une batterie, c’est plus enjoué, on peut retenir plus facilement l’attention du public. C’est idéal pour les festivals ou les salles de concert assez chaudes.

Carl : La formule en groupe c’est pour les festivals aux heures clés, 20 heures. Le duo se prête plus aux clubs ou aux concerts en appartement.

Théophile : On n’avait pas envie d’être limités aux premières parties, même si c’est super de faire des premières parties, on a la chance d’en faire en ce moment. Avec les deux formules on est pile entre la pop psyché et la folk américaine, c’est parfait, c’est nos deux influences.


Un petit côté british aussi…

Carl : Un petit peu (rires) !

Théophile : Complètement !

Carl : Et même suédois ou danois. Il y a aussi du beau monde par là-bas…


Le noyau dur du groupe, c’est vous deux...

Carl (il coupe) : C’est moi (rires) !

Théophile : C’est moi (rires) !

Carl : C’est lui quand il en a envie (rires) !


©Justine-Roussel

Et donc pour finir de poser ma question, comment se passe l’intégration des autres musiciens et notamment de la troisième guitare, en termes d’espace musical à partager, les groupes à trois guitares étant assez rares…

Carl : Déjà on a différentes formules, en duo, en trio de guitares ou en trio deux guitares et batterie et enfin le groupe complet à cinq. Cela dépends des plateaux en fait. Quand on ouvre pour un groupe avec batterie, c’est bien que nous aussi ayons notre batteur, pour une question de dynamique, pour ne pas passer du tout au tout. Le vrai Meaning of Tales c’est trois voix, trois guitares. Le casting du full band a été très long.

Théophile : C’est le fruit de rencontres. Pour la troisième guitare, tenue par Richard Allen, on cherchait un musicien qui soit aussi chanteur pour assumer des chœurs à un bon niveau.

Carl : Et qui soit un artiste folk. Dans le disque il y a quand même beaucoup de guitares, jusqu’à quatre qui s’entremêlent. C’était un vrai sujet pour la transcription live, je ne pouvais pas être le seul à arpéger. Théo est surtout concentré sur le chant et emmène la texture et la couleur à la guitare électrique, le côté psyché vient de là. On avait envie de cette troisième guitare qui rajoute des arpèges.

Théophile : Et avec assez de dextérité pour le live.

Carl : Ces différentes formules font beaucoup parler en tout cas. Comme tu le dis les concerts sont différents à chaque fois, mais la musique n’est pas dénaturée.

Théophile : Elle est plutôt enrichie.


Il y a eu beaucoup de comparaisons avec Simon & Garfunkel, avez-vous peur de vous faire enfermer dans une esthétique sixties ?

Carl : Pas tant que ça. On cite beaucoup les Kings of Convenience ou Andy Shauf par exemple. Nos références sont beaucoup plus actuelles que la comparaison avec Simon & Garfunkel que beaucoup font. Qu’on adore par ailleurs, comme on adore Crosby, Stills & Nash.

Théophile : Et puis au final cette comparaison reste très noble. Intemporelle.

Carl : On a aussi envie d’avoir une direction artistique relativement seventies et totalement à la mode aussi.

Théophile : Sans être des pastiches, on aime bien ce côté vintage.


Il y a un côté épique dans les arrangements, je pense à la coda de Vision par exemple…

Carl : Vision ouvre sur ce que va être notre album, qui est en cours de création. On va retrouver la couleur de l’EP bien sûr mais aussi cette couleur très orchestrée avec batterie.

Théophile : D’ailleurs, c’est le seul morceau avec batterie sur l’EP. Il est annonciateur de l’album avec cette volonté d’intégrer la batterie en studio. L’outro dont tu parles est aussi très progressive, à la Grizzly Bear, une autre de nos influences, où on essaye de faire monter la sauce, de partir vers des sonorités plus lourdes.

Carl : Il y a un côté épique, c’est sûr, mais parsemé. On ne veut pas être connotés. Cet aspect est aussi présent sans la batterie, juste dans nos arrangements de chœurs, assez rocambolesques.

Théophile : Quand tu as cinq voix qui se posent comme ça, il faut qu’elles soient portées par l’instrumentation.


Et pour les textes alors ? Vous faîtes souvent appel à des compétences extérieures…

Théophile : On essaye de s’améliorer, mais on part de loin (rires). Pour l’album on essaye de s’investir plus dans l’écriture. Plus on écrit nous-mêmes, plus on est libres, de choisir les mots, les intonations. N’ayant pas un très bon anglais, mon approche était calquée sur les onomatopées, pour être efficace. Sauf qu’arrive un moment où, quand on se revendique d’une scène anglo-saxonne, il faut être à la hauteur de ses ambitions. Pour l’EP on s’est entouré de musiciens qui parlent très bien l’anglais, notamment Ruben Da Silveira, un rappeur, qui nous a aidés pour les textes, qui était avec Carl dans son ancien projet. Il était très inspiré, parlait beaucoup d’âme, très imagé. On a aussi travaillé avec Victor Mechanick, un rockeur établi, parisien, un très bon songwriter.


Et pour l’avenir, quelle est la solution, prendre des cours d’anglais, écrire en français ?

Carl : On va chanter en russe (rires) ! Ou inventer notre langue (rires). Non, en vrai, maintenant on écrit nos textes et on les fait corriger.

Théophile : Richard Allen, qui nous a rejoint, est amiénois et anglais. Quant à moi, j’essaye de m’améliorer. C’est un besoin. On doit gagner en liberté.

Carl : Chanter en français, ça n’est pas impossible, ça peut arriver.

Théophile : On n’a pas de posture, je n’y suis pas opposé. 90 % de nos influences sont anglo-saxonnes, on n’est pas inspirés par des chanteurs français. Cela ne serait pas naturel.

Carl : Tu vas voir des groupes chanter en anglais et tu ne vas pas te demander pourquoi ils chantent en anglais. Cela marche et c’est bien comme ça. Nous, c’est un peu notre cas. Mais on n’est pas fermés, même pour travailler avec d’autres artistes chantant en français. Cela dépend du morceau, à l’instant T.






Sur le vinyle, il y a une face intitulée «Dream » et l’autre « Life ». Vie et rêve…

Carl : C’était une envie du label Violette Records. Chaque face à un titre, plutôt que face A et B. L’EP s’intitulant Where There’s life, There’s A Dream, c’était pertinent d’avoir une face « Life » et une face « Dream ». C’est leur série elp, en format court, 10 pouces.

Théophile : C’était aussi notre perception de l’EP avec un côté très ancré, très terre à terre et aussi un aspect hyper onirique, psyché. Violette Records est aussi très attentif à nos attentes en tant qu’artistes.


Comment se passe la composition ?

Théophile : C’est un vrai échange. On compose beaucoup chacun de notre côté, mais le vrai plaisir c’est de se rencontrer dans l’écriture.

Carl : La plupart du temps, on arrive toujours page blanche. On se retrouve à Giverny ou Barbizon, deux villages de peintres. Est-ce qu’il y a ce côté artistique, comme une métaphore… Le fantôme de Claude Monet qui vient nous voir la nuit (rires) ! Moi je suis à Vincennes, Théophile travaille à Montreuil, mais pour écrire on ne se retrouve jamais à la ville. On se met au vert dans des maisons de campagne chez mon père ou chez le père de Théo. On en revient aux chants d’oiseaux.

Théophile : La rencontre des cerveaux, le partage, c’est surtout ça qui m’intéresse. On veut cultiver la spontanéité. On a beaucoup d’influences communes mais aussi différentes. Carl a un background jazz et j’adore quand il va chercher ces accords complexes et riches harmoniquement. C’est très inspirant pour la voix. A un moment donné, tous les chanteurs adorent se confronter au jazz, ça ouvre l’oreille et la mélodie. On a voulu une formule très épurée, guitares et voix, pour mettre en valeur cette richesse harmonique de nos compositions.

Carl : Il y a aussi un rythme particulier, donné par les arpèges.

Théophile : Dans une guitare il y a de la basse, de la batterie. C’est déjà très riche.

Carl : Pour la blague, j’ai toujours pensé qu’on avait une couleur bossa nova et, en ce moment, 80 % de nos écoutes Spotify sont au Brésil ! On a ce côté chaloupé.


En tout cas, quand je vous écoute, je crois de plus en plus aux vertus apaisantes de la musique…

Théophile : C’est un super exutoire.

Carl : Il faut croire en la musicothérapie. J’avais fait tout un dossier là-dessus dans le cadre de mes études. C’est fou comme les neurones du cerveau se connectent. Si tu écoutes Earth, Wind & Fire tu ne vas pas du tout réagir comme à l’écoute de notre EP.

Théophile : Les musiciens avec lesquels tu joues prennent un place très importante dans ta vie. Avec Carl on était copains. Mais avec la musique le lien est devenu très fort.


Donc on peut s’aimer en musique ?

Carl : C’est sûr je l’aime en musique. Mais je le déteste dans la vie (fou rire général) !

Théophile : La musique ne suffit pas à elle-même. L’humain est important.

Carl : La musique ne marcherait pas sans humain. La musique est un métier humain.


Et pour finir, un petit mot sur le nom du groupe que l’on pourrait traduire en Signification des Contes…

Théophile : Le nom possède le sens que l’on a envie de lui donner. Je pense qu’il faudrait séparer les termes. Le plus important c’est « Tales », les contes, nos chansons sont racontées, dans un cadre, presque au coin du feu.

Carl : On a du trouver un nom plus vite que prévu pour pouvoir jouer au Rock In The Barn, un festival en Normandie en 2019, alors qu’on avait qu’une maquette. Le disque n’existait même pas. On s’imagine comme des messagers de l’apaisement. On a envie de diffuser cette ambiance, loin du monde de brutes.

Théophile : J’aime bien aussi le côté un peu celtique, médiéval de notre nom.

Carl : On se voyait comme des conteurs, des messagers, de fil en aiguille on en est arrivés à Meaning of Tales.

Théophile : Les lettres sont belles aussi d’un point de vue typographique, le M, le T. Ouais, on est un peu barrés quand même (rires) !


Régis Gaudin


EP « Where There’s Life, There’s A Dream », Violette Records, 2022.




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