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FRENCH BOUTIK


©Gildas Debaussart

ICI PARIS


AU PRINTEMPS DERNIER SORTAIT CE JE NE SAIS QUOI, TROISIEME LONG FORMAT DE L’UN DE NOS FLEURONS PARISIENS, A L’ARTWORK PARFAIT, MELODIQUEMENT BRILLANT, DOTÉ DE TEXTES DRÔLES ET GRINCANTS ET PRODUIT COMME LE PRECEDENT PAR ANDY LEWIS – CROISÉ ENTRE AUTRES AUPRÉS DE PAUL WELLER OU LOUIS PHILIPPE.

IL ETAIT GRAND TEMPS, A L’AUBE D’UNE NOUVELLE ANNEE QUI DEVRAIT EN TOUTE LOGIQUE VOIR FRENCH BOUTIK CONQUÉRIR LE MONDE, DE NOUS FAIRE ICI L’ÉCHO DE CE DISQUE ADMIRABLE QUI PLACE LA BARRE ENCORE UN PEU PLUS HAUT.


Formée en 2007 par Serge Hoffman – cisailleur de riffs Rickenbackerisés, aficionado d’XTC devant l’éternel et graphiste attitré du groupe - et Zelda Aquil – craquante préposée aux fûts qui tirera sa révérence à la sortie de L’Âme De Paris en 2018 – French Boutik est une formation trinationale, parfois affiliée à une hypothétique scène Mod - quoique ce soit surtout le cas à l'étranger - emmenée par Gabriela Giacoman, Nord-Américaine de son état et frontwoman solaire chantant très majoritairement en français, Jean-Marc ‘The Spider’ Joannès, remarquable bassiste pince sans rire féru de rawck and Roll, Toby Kinder, résident de South London et organiste aussi subtil que ses chemises sont élégantes et Gilles François, batteur savant au background éclectique et pour le moins porté sur les eighties - ce qui arrive aux meilleurs, qui n’ignorent pas qu’il y a plus de génie dans des singles comme Everybody Wants To Rule The World, Fade To Grey ou Heartache Avenue que dans la discographie complète de Radiohead.

Ce Je Ne Sais Quoi est donc la troisième étape – et à ce jour la plus belle – d’un savoureux parcours, porté pour commencer par ces absolus killers que sont Au Flamingo et L’Humanité et sur lesquels la production d’Andy Lewis prend tout son sens – diablement efficace et raffinée, elle met au jour de nombreux détails au fil des écoutes et propose d’ingénieuses idées d’arrangement. Si la part belle est faite aux guitares, la section rythmique n’est pas en reste et propulse le disque de manière souvent irrésistible.


" La perception d’un enregistrement y compris quand il s’agit d’autoproduction est toujours un peu étrange explique Serge Hoffman. A partir du moment où il y a des arrangements, les chansons se transforment jusqu’ à provoquer parfois des réactions de surprise, comme s’il s’agissait d’un autre groupe... Je pense que cette sensation se manifeste surtout chez ceux qui font de la scène avant tout, et c’est bien notre cas... Mais j’aime bien voir évoluer, se transformer une chanson que l’on a créé à la maison avec trois fois rien. Les bonnes surprises, je suis toujours preneur, et là ça a été globalement le cas. Andy Lewis est quelqu’un de passionné, imprégné d’une culture pop très riche et ceci bien

au delà des frontières britanniques. En plus des nombreuses références musicales que nous partageons déjà avec lui, il nous fait toujours découvrir d’étonnantes pépites. Il a largement apporté sa touche. Il y a des sonorités et des arrangements auxquels nous n’aurions pas forcément pensé, les petits détails que tu mentionnes... Pour ce qui est du mixage, nous avons bataillé quelque peu pour préserver le tranchant et l’énergie, indispensables à notre

style... Au final, Ce Je Ne Sais Quoi est assez réussi. Comparé au précédent - L’Âme De Paris - je le

trouve plus riche et cohérent... Et je suis hyper fier de Au Flamingo , écrit une semaine avant l’enregistrement !c’est sans doute ma chanson préférée de l’album. De toute façon, chaque fois que j’écoute nos enregistrements, et plus particulièrement ceux du dernier LP, je me dis ‘ Il est vraiment pas mal ce groupe ! ’.

J’aimerais aussi parler du contexte poursuit Gabriela Giacoman. L’organisation de l’enregistrement

de l’album a été un peu singulière. Avec les confinements à répétitions et les changements de règles concernant les frontières, jusqu’à la dernière minute, on ne savait pas si ça allait pouvoir se faire. L’année précédente nous avons dû annuler un studio en Grande Bretagne. Tout le monde était stressé, et plus qu’à l’habitude. Avant de travailler avec Andy, nous avions réalisé un album et 3 e.p.s dans une veine plus brute, plus garage. Pour Ce Je Ne Sais Quoi, nous voulions quelque chose de plus ambitieux, plus sophistiqué ... Il faut avouer que nous sommes tous très imprégnés par nos

inspirations 60’s ... les changements de cap ne se font pas toujours naturellement ! Notre bassiste Jean-Marc est sans doute le plus puriste du groupe ... Pour lui, rien ne vaut un bon enregistrement en prise directe ! Bon, c’est vrai que le son brut nous va plutôt bien... comme Serge le dit, on tient à ce côté énergique un peu powerpop... on n’est pas du tout

shoegaze ou Twee malgré l'importance des mélodies et les harmonies parfois aériennes.

Notre album précédent, également produit par Andy, comportait déjà pas mal de changements, des sonorités plus ‘modernes’. Et Ce Je Ne Sais Quoi va effectivement encore plus loin dans cette perspective. Personnellement j’ai eu du mal à m’y mettre... je n’ai quasiment aucun disque enregistré après 1966 ! Au final, je le trouve super."




L'arrivée de Gilles François a également permis d'élargir un peu le champ d'action car son jeu est à l’évidence un peu plus diversifié que celui de sa prédécesseuse – ce qui a eu une incidence certaine sur le songwriting et les arrangements.

" Zelda était pleine de finesse à la batterie et avait su mettre des mots qui faisaient toujours mouche dans plusieurs des chansons phares de nos deux premiers albums reprend Serge. Après son départ, l’avenir de French Boutik était de fait remis en question. Disons-le tout net : l’arrivée de Gilles a été une chose inespérée ! C’est quelqu’un d’assez zen dans l’ensemble, et c’est exactement ce qu’il nous fallait... Un groupe, c’est forcément l'interaction de caractères particuliers, et trouver un équilibre devient vite précieux, voire vital.

Gilles est d’une nature optimiste et enthousiaste, un excellent contrepoids dans cette famille de cinglés ! Quand je dis ça, je pense évidemment d’abord à moi-même qui suis enclin au stress ou parfois à un pessimisme exagéré... Question partage de goûts, tout va bien. Gilles est peut-être un peu plus ouvert que nous, il est capable de trouver de bonnes

choses dans des productions vraiment inattendues ... il a une culture musicale plus 80’s : il est capable de danser sur Afric Simone, c’est dire ! Plus sérieusement, c’est un grand fan de Power Pop, de Soul, de Rock’n’roll, toutes époques confondues, comme nous finalement. Il a écrit des textes étonnants sur plusieurs chansons de l’album, il est pleinement investi... Pour ce qui est de l’incidence sur le songwriting et les arrangements, oui, c’est indéniable : on essaye plein de choses nouvelles, les arrangements rythmiques sont à la fois inventifs et efficaces, et font toujours écho à l’esprit de chaque chanson."

"Je suis entièrement d’accord avec Serge confirme Gabriela. L’arrivée de Gilles a été une chance inespérée. Et le fait qu’il ait intégré le groupe juste avant le covid nous a sauvé ... Avoir un nouveau venu aussi enthousiaste nous a fait énormément de bien, dans une période assez sombre, il faut l’avouer ... nos répétitions et ‘vidéos concerts’ ont non seulement été bénéfiques dans notre progression musicale, mais également et tout simplement pour notre vie sociale. Ça nous sortait de l’ambiance science-fiction un peu glauque. Un détail qui pourrait illustrer notre évolution est la chanson-titre de l’album, Ce Je Ne Sais Quoi, qui avait été surnommée à l’origine - avant d’avoir le texte - le Small Faces ... parce que ce sont les accords de Tin Soldier entre mes Je…Ne…Sais…Quoi. la mouture finale est presque new wave ! ... et ça fonctionne ! "


Outre de réjouissantes fulgurances telles que Ce Je Ne Sais Quoi qui donne son titre à l’album ou ce Premier De Cordée interprétée par Serge Hoffman, signalons ici que Motor Girl , avec ses chœurs à la Kinks et son refrain évoquant le meilleur de Blondie passé au tamis du psychédélisme, est la seule chanson originale du disque interprétée en Anglais – une belle incongruité chez French Boutik.

" N’oublions pas que je suis née aux Etats-unis rappelle Gabriela. Personne n’est parfait ! La belle mélodie mélancolique que Serge avait trouvé pour Motor Girl avait réveillé ma fibre nostalgique ... l’image de ma meilleure amie de jeunesse s’est alors imposée. On était inséparables. C’étaient nos premières années dans la scène mod / scooteriste à San Francisco. Les disputes et autres crises avaient fini par nous séparer... nous nous sommes perdues de vue pendant longtemps, trop longtemps. Nous venions de reprendre contact, on avait même planifié sa visite en France... et la nouvelle de sa mort est tombée. C’est une histoire de ma jeunesse américaine, bien avant mon arrivée en France. Les mots sont venus naturellement en anglais. Je pense que Geneva aurait aimé la chanson ... elle était très fan des Bangles à l’époque ... même si le titre est Motor Girl et pas Scooter Girl, ce dernier aurait été plus fidèle à la réalité pour évoquer une inconditionnelle de la Vespa... mais ça sonnait moins bien."


Quant à Négatif, également chanté par le guitariste, son introduction très Psychedelic Furs et son drumbeat parfaitement entêtant, en seront pour leurs frais ceux qui voient dans l’un des sommets de ce disque un exercice d’auto-dérision.

" En fait, il n’y a pas d’auto-dérision ici confirme Serge - même si un copain s’était exclamé : ‘ là, c’est du

Serge Hoffman tout craché ! ’. C’est plutôt une traduction à l’arrache, impressionniste, des sentiments éprouvés dans le quotidien ambiant depuis une vingtaine d’années. C’est une perception personnelle, voire viscérale, qui complète accessoirement un constat critique. Quand je dis ‘ Nulle part où aller ’ , ça renvoi à cette impression de se sentir étranger dans sa propre ville, de ne plus retrouver ses repères, d’avoir perdu quelque chose... et en plus d’être sollicité

pour adhérer à cette situation ... Bon, ça peut faire vieux con tout ça et je sens déjà le sarcasme arriver : ‘ Ah, c’était mieux avant ! ’. Non, tout n’était pas ‘mieux avant ’... la chanson Dead End Street de Ray Davies et son scopitone qui combine peinture sociale et humour noir en témoigne assez bien. Un ovni en plein Swingin’ London qui avait été

interdit par la BBC ... Paris s’éveille de Dutronc et Lanzman était aussi à sa manière un témoignage impressionniste d’une époque pas toujours reluisante – ‘ Les journaux sont imprimés Les ouvriers sont déprimés Les banlieusards sont dans les gares. À la Villette, on tranche le lard ’.


Serge Hoffman par Olga Ginzburg, Paris 2023

Allez, je vais faire mon marxiste : dans le langage dominant contemporain, on vous demande

sans cesse une adhésion . Ainsi, un salarié doit adhérer aux valeurs de l’entreprise qui

l’emploie, alors que concrètement, il loue sa force de travail pour survivre dans un rapport

d’exploitation, dans un système basé sur le profit capitaliste. Dans de nombreux domaines, on a

troqué le savoir-faire contre le savoir-être ... En d’autres termes, si on n’est pas cool,

si on ne veut pas sortir de sa zone de confort , on risque de se faire lourder ... J’ai bossé dans la com, et j’ai donc baigné dans toutes ces sottises. Récemment on a eu droit à une nouvelle arnaque sémantique, un nouvel avatar sous forme de détournement : la valeur

travail contre le droit à la paresse ! On vit une forme de totalitarisme de moins en moins soft d’ailleurs, avec tout ce vocabulaire qui lui est propre, qui vise à masquer la réalité sociale... Je ne vais pas énumérer ici tous les

éléments de langage et toutes les injonctions d’un pouvoir qui nous vampirise. Bon, j’extrapole... Au-delà de ce constat, il y a aussi tout simplement, et c’est là l’essentiel du propos de la chanson, une révolte individualiste emprunte de nostalgie et de désir de fuite face à la laideur visuelle de notre époque - ma déformation de graphiste sans doute. Le

recours à la méthode Coué de la positive attitude , laissons cela aux néolibéraux attardés...

Pour finir, le ‘ je sais, je suis négatif ’ est aussi un clin d’œil à une chanson éponyme des Olivensteins, l’excellent groupe punk de Gilles Tandy de la fin des seventies.


French Boutik – qui doit son K aux Kinks - excellent également au rayon des reprises et selon le pressage en votre possession vous découvrirez leur version du Tired Of Waiting For You écrit par Ray Davies, Mama Weer All Crazee Now , popularisé en son temps par les petites teignes de Slade et qu’ils reprennent comme des chefs, le bouleversant Ame Câline de Michel Polnareff ainsi qu’une étonnante relecture du More Than This de Roxy Music - francisé en Comme Ferry. En bons Modernistes, nos talentueux parisiens ne sauraient être de tristes revivalistes.

" Rester confiné dans la célébration d’un âge d’or, ça n’a jamais été notre truc appuie Serge. Être Mod, c’est tout autre chose. Nos créations ont une direction à la fois présente et invisible, quelque chose qui nous dépasse, qui se produit quasi naturellement, c'est à la fois spontané et contrôlé. Nous sommes conscients de certaines de nos influences et de certains clins d’œil ... Il arrive que des gens trouvent dans nos chansons des influences auxquelles nous n’avons jamais pensé. Parfois on emprunte en toute connaissance de cause des éléments, qu’on s’amuse à transformer à notre sauce, mais ça, après tout, c’est l’histoire de la pop. Et question pop, l’essentiel pour moi, c’est une bonne mélodie. D’où la reprise de More than this que j’ai toujours aimé. Pourtant je ne suis pas un grand fan de Roxy. Idem pour Ame Câline de Polnareff ... Et j’adore les premiers Slade, ils avaient tout, de la hargne, de l’électricité, des harmonies superbes et cette voix qui rappelle celle de Feargal Sharkey ! Après, si le terme Mod est souvent perçu comme une étiquette, un truc figé et étriqué, au même titre que les classifications de styles musicaux, je rappelle qu’un type comme Ian Curtis allait en boite pour danser sur de la soul music, et Steve Diggle des Buzzcocks portaient des costards étriqués à la Pete Townshend en plein punk, David Bowie était un pur Mod , Marc Bolan idem... En fait, les étiquettes sont entretenues par la presse et l’industrie du disque qui réduisent tout au marketing... Le premier Mod s’appelait Oscar Wilde ! "

" Il ne faut pas oublier que Mod vient de modernism - qui vient de modern jazz complète Gabriela. Les premiers mods anglais s’appelaient modernistes et écoutaient Miles Davis et John Coltrane. Je prends ce mot très au sérieux... être moderniste c’est tout le contraire du revivalisme... il s’agit de s’ouvrir à tout ce qui est de ‘ bon goût ’. Nous n’avons pas besoin de revendiquer des racines modernistes et les sons qui vont avec - soul / rnb / jazz / rocksteady / powerpop revival... ils nous imprègnent depuis si longtemps... Pour ce qui est des ‘ codes vestimentaires ’, on ne se déguise pas... A la scène comme à la ville, notre allure est la même... Prenez une pochette d’album de French Boutik, débarquez à une de nos répétitions : rien ne change. Et comme Cary Grant dans La Mort Aux Trousses, on prend nos douches tout habillés ! Heureusement qu’il y a toujours une scène Mod en Angleterre très ouverte, c’est grâce à cela qu’on peut jouer aussi souvent ! C’est sûr, le label nous limite un peu en France, vu que la scène est minuscule et assez puriste... les Français préfèrent des groupes fidèles aux sixties, nous c’est autre chose... Notre particularité, notre individualité se mêlent sans accrocs à nos racines et à nos choix... la voie moderniste, c’est aussi cela.

Comme le chante Dobie Gray, The original’s still the greatest. "


MATHIEU DAVID BLACKBIRD



French Boutik Ce Je Ne Sais Quoi (Milano records / Static Wax records) 2023







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